Cela dit, fête ancestrale, Noël est désespérément conformiste, et toute tentative de se libérer des poncifs fait patatras. Ainsi, à Paris, on a voulu cette année privilégier les boules plutôt que les sapins, le géométrique plutôt que le figuratif, l'abstraction consensuelle plutôt que les symboles qui peuvent « heurter les sentiments laïcs ». Mais qu'y a-t-il de chrétien dans un sapin, je vous le demande ? Les lumières elles-mêmes sont bleues au lieu de l'éternel rouge et or. À ceux qui trouvent ça « design », je réponds que c'est franchement glauque. Mais que ne sacrifierait-on au politiquement correct. Amis français, les fêtes, quand elles prennent une dimension nationale, sont soit patriotiques, soit religieuses. Des mots qui fâchent ? Alors, autant ne rien célébrer, comme ça tout le monde est tranquille et on évite les débats.
On peut aussi tout célébrer avec tout le monde. À Beyrouth, en ce moment, les scies de circonstance font une cacophonie aussi soûlante que joviale. Ce qui peut donner des airs aussi absurdes que : « Pour effacer la tache originelle, n'oublie pas mes petits souliers » ou « Gingle bells... men will live forever more...oh what fun ! ». Nos célébrations musulmanes sont autrement moins sonores, mais les musulmans du Liban ne boudent pas la liesse ambiante. À leur tour, les chrétiens partageront la rupture du jeûne, au ramadan. Tout le monde est d'autant plus à la fête que ces réjouissances bon enfant nous sont toujours comptées. La bête qui nous guette et que les experts qualifient platement de « mauvais environnement géopolitique » ne dort que d'un œil. Elle a même en ce moment quelques soubresauts pas rassurants.
Alors, gingle bells, et au diable les grincheux ! Le sapin géant, qui vient retrouver chaque année au centre-ville sa vieille amie la mosquée, est à lui seul une icône de convivialité : leur photo ensemble, épaule contre épaule, a déjà fait 10 fois le tour du monde. Cela n'empêche pas que les communautés se rentrent dedans à la première occasion. C'est la règle du jeu. Risquée, forcément.
« Que Noël vous apporte toute la paix intérieure et extérieure que le Verbe de Dieu tient entre Ses mains d'enfant. » C'est le vœu émouvant que j'ai reçu de mon ancien professeur de philo. Je le partage avec vous, ami lecteur. Joyeux Noël à l'enfant qui est en vous. Qu'il soit heureux ■


Israël Katz assure que l’armée israélienne « conservera sa liberté d’action militaire » au Liban malgré la nouvelle trêve