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Sexy Beyrouth…

« Beirut is back », titrait le London Times il y a une dizaine de jours. Quand un prestigieux journal new-yorkais nous avait fait ses gros caractères sur le même thème en 2008, nombre d'entre nous étaient restés sceptiques. Nous sortions meurtris d'une guerre cauchemardesque, et nos éternels conflits internes n'étaient pas pour mettre du baume sur les plaies.
Après juillet 2006, mai 2008, les arrangements de Doha, les mois sans Parlement, les saisons sans président, les semaines sans gouvernement, malgré des législatives étrangement dépassionnées, il y a aujourd'hui dans l'air quelque chose de différent.
La question que tout le monde se pose est de savoir comment font les Libanais pour traverser d'aussi longues tempêtes sur des bateaux sans capitaine. La seule réponse est l'habitude. Que la machine étatique roule ou s'enroue, ils continuent, comme si de rien n'était, à travailler, à produire, à consommer et à étudier. Les solutions sociales, administratives ou judiciaires que l'on est en droit d'attendre d'un pouvoir en place finissent par arriver, ou pas, un jour de chance.
Après les années « sans », nous voilà donc dans une rare période « avec », et qui semble vouloir durer. Il suffit de prendre une halte au centre-ville, s'asseoir sur un banc et observer les passants. L'hiver ne s'est pas encore vraiment installé, et le ciel est parfois d'un turquoise si profond qu'on le croirait badigeonné exprès contre le mauvais œil. Au milieu d'une place, un requin de Xavier Veilhan glisse, impassible. Rutilant de tous ses chromes, il se croit invisible. Le reflet des chalands chargés de sacs de marques, des hommes élégants et des femmes belles, coule sur son métal. Il n'est que l'allégorie de la sourde menace qui plane constamment sur la ville, silencieuse, dangereuse et exaltante tout à la fois.
Désormais, à longueur de journée on lave les vitres, on change les vitrines, on époussette au plumeau. Qui aurait cru qu'un jour une telle discipline s'imposerait dans une telle ville ? Bientôt il y aura dans ce périmètre plus de boutiques de luxe que dans New York, Londres, Paris, Milan et Dubaï réunis. Il en ouvre autant qu'il s'en construit. Certes, nous en avons parfois rêvé sans y croire. Ce sentiment neuf, de fierté mêlée de tristesse, ressemble à celui que l'on pourrait avoir pour un enfant qui a trop bien réussi et d'un coup vous échappe. La ville ne nous appartient plus. Elle est pourtant l'œuvre de notre persévérance.
Bien que fêlés, bien que mordus, bien que meurtris, nous avons aujourd'hui, face à l'enthousiasme du monde pour ce Beyrouth au bord de l'eau et au fil du rasoir, une tendresse désabusée. Il nous en a tant fait voir  ■
« Beirut is back », titrait le London Times il y a une dizaine de jours. Quand un prestigieux journal new-yorkais nous avait fait ses gros caractères sur le même thème en 2008, nombre d'entre nous étaient restés sceptiques. Nous sortions meurtris d'une guerre cauchemardesque, et nos éternels conflits internes n'étaient pas pour mettre du baume sur les plaies. Après juillet 2006, mai 2008, les arrangements de Doha, les mois sans Parlement, les saisons sans président, les semaines sans gouvernement, malgré des législatives étrangement dépassionnées, il y a aujourd'hui dans l'air quelque chose de différent. La question que tout le monde se pose est de savoir comment font les Libanais pour traverser d'aussi...
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