Vint la guerre de 2006 où la troupe fut prise pour cible et puis celle de Nahr el-Bared où elle s'est magistralement illustrée : elle n'est jamais aussi grande que dans les situations qui n'impliquent pas la société civile, les combats entre communautés et quartiers. Car dans ces moments-là, rien n'étant plus difficile que de feindre l'impartialité, nos soldats sont à nouveau en porte-à-faux. Ils finissent devant la cour martiale, boucs émissaires de ceux qu'ils ont tenté de protéger d'eux-mêmes.
Pour autant, la vétusté des équipements que l'on rode pour la parade de l'indépendance, les hélicoptères d'un autre âge, les armes préhistoriques, les chars moyenâgeux s'accordent mal avec le prestige durement reconquis de l'armée libanaise. Mais cette indigence ne la rend à nos yeux que plus héroïque. C'est avec une infinie compassion que nous assistons à chacune de ses interventions. Lui pardonnant d'avance l'éventualité d'un échec, sa présence à n'importe quel front est au moins garante de notre dignité, sinon de notre sécurité.
J'ai connu des épouses de soldats, restées des semaines sans nouvelles de leur homme, aller pieds nus par tous les temps, offrant cette douleur et cette humiliation à toutes les divinités pourvu qu'il revienne. Parfois c'est un casque transpercé d'une balle qui revenait sans son propriétaire. Passée la première émotion, on apprenait plus tard que le projectile avait juste déchiré le cuir chevelu, que le héros ne tarderait pas à rentrer au bercail, que les pieds de sa belle, écorchés sur l'asphalte, avaient sans s'en douter terrassé un dragon.
Chez nous, il y a des chars aux coins des rues. C'est plutôt inhabituel dans les autres villes du monde. Ici, c'est l'ordinaire, un élément de décor, une statuaire mobile qui raconte des péripéties passées, toujours probables. Les militaires font partie de notre paysage. Nous les aimons. Leur courage nous grandit ■


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