Comme ces terres que les laves rendent fécondes, le sous-sol libanais est un vivier de talents. Venez voir nos musiciens, nos magiciens, nos poètes, nos architectes, nos cuisiniers, nos couturiers, nos biaiseurs, nos plisseuses, nos bijoutiers des familles, nos hauts coiffeurs, nos dresseurs de bêtes, nos redresseurs de torts, nos fauteurs de fêtes, nos fêtards de troubles, nos animateurs de rues, nos soldats inconnus. Toutes ces énergies contenues bouillonnent en sourdine alors que, sous les feux de la rampe, nos politiques font leur boulot : ils entretiennent l'incertitude, peaufinent la précarité, soignent la prébende et la paralysie des institutions pour que, surtout, rien de nos richesses créatives n'aille s'égarer dans une sécurité ronronnante ou pire, une stabilité petite-bourgeoise qui serait la fin de tout.
Qu'on se rassure donc, la poudrière autour sent bien sa poudre, et déjà des esprits chagrins estiment que le cabinet a été bâclé. Rendez-vous compte : cinq petits mois à peine pour trouver une combinaison consensuelle. D'autres y mettraient des années, mais il fallait faire vite, allez savoir pourquoi. Ce matin en longeant la nouvelle avenue du parc de Beyrouth, j'ai été prise au cœur par les accents d'une fanfare militaire, polka surannée dont notre armée se transmet encore le secret. Survol orageux de Hawker-Hunters. Des haut-parleurs enfouis entre les buis de l'allée centrale, éructation des consignes de base : présentez armes, tournez gauche, etc.
Oui, la république se prépare pour son grand jour, fière de pouvoir plastronner sous le dais de l'indépendance avec un cabinet neuf et entier.
Le 22 novembre, cela fera 66 ans que le Liban tente d'exister. On se dit que si le Liban était possible, il ne serait pas le Liban ■


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef