Développés ou en voie de développement, de nombreux pays vivent depuis des années dans l'idée que tout est remplaçable. L'idée du « remplaçable » a d'ailleurs supplanté celle du « réparable ». Telle est la mentalité effrayante de ce millénaire. Elle prévaut en toute chose. L'électroménager usagé est une calamité pour les décharges. Ne parlons pas des ordinateurs. Souvent ces appareils sont aussi coûteux à réparer qu'à changer. Le choix s'impose de lui-même. Les pays pauvres sont las d'être ces petits frères qui héritent des vieilleries des aînés. Ils préfèrent se procurer du neuf, fût-il de moindre qualité, quitte à jouer à leur tour le jeu de la surconsommation. Celui-ci érode les ressources et augmente le volume des monticules malsains où les villes rejettent leur trop-plein de choses inutiles.
Au rythme où la machine est emballée, il peut sembler qu'il ne reste plus grand-chose à faire pour arrêter les dégâts. Un signal intéressant est cependant à retenir : la récession de 2008-2009 a permis d'enregistrer une réduction des émissions de gaz à effet de serre. Vivons pauvres, mais vivons plus longtemps ? C'est à peu près ce que sera la maxime des années à venir.
Retrouvons le goût des choses comme si elles étaient rares : elles le deviendront assez tôt. Apprenons le mécanisme des appareils domestiques : certaines réparations sont à la portée de n'importe quel profane. Donnons une chance à notre imagination : la nécessaire reconversion de ce qui existe peut donner du bonheur. Nous n'aurons pas de planète « B », mais des miniplans B sont encore possibles à l'échelle individuelle.
À force de répétition, ces messages sont hélas devenus des poncifs. Il reste à sauver le langage de l'usure. Restituer aux mots leur valeur. Souvent en disant : ce ne sont pas des mots. Ce ne sont pas des mots !


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