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Peu nous chaut…

Toujours pas de gouvernement, en revanche il a plu des trombes la nuit d'avant. En recouvrant dans une panique surfaite, pour bien marquer le coup, les meubles laissés à l'extérieur et dont la poussière s'échappe en fumée comme exorcisée par ce choc ; en désengorgeant dans la pénombre les gouttières où traîne un reste de feuillage desséché, on se dit que gouvernement ou pas, il y a encore des saisons. Aux abords de la fête de la Croix, il y a toujours une pluie isolée, un déversement de fraîcheur qui vous surprend en sandales et vous ravigote d'un souvent trop long été.
Et c'est comme un réveil en plein Bois dormant. Rien n'a encore vraiment changé, et pourtant l'on change de rythme. L'ouverture des écoles, même légèrement retardée par la perspective de la grippe, finira de marquer l'arrivée de l'automne. Au geste auguste du semeur répond en cette saison celui non moins grandiose du faucheur. C'est le temps de récolter ce que l'on a semé. L'or des champs, qui griffe à l'horizon le bleu encore trop bleu du ciel, annonce qu'il faudra retrousser les manches. Plus prosaïquement, en ville, ce sera la course aux fournitures scolaires, le grand ménage des maisons protégées de l'été comme d'un cataclysme, avec force housses et insecticides.
Toujours pas de gouvernement, mais nous le savons, chacun de nous gère à sa mesure sa part d'un pouvoir exécutif hélas intermittent. À nouveau il nous faudra assurer l'eau et l'électricité dont les services publics peinent à nous pourvoir. On nous bassinera de cette « union nationale » qui ne concerne que les candidats au pouvoir et leurs relations entre eux. On nous répétera que « la prochaine étape sera délicate » et qu'il faudra l'aborder « en rangs serrés ». Nous ne verrons de rangs que ceux où nos enfants se bousculent dans les couloirs scolaires. Nous n'envisagerons de difficultés que celles qu'il nous faudra affronter dans l'éventualité d'un conflit sur les privilèges qui se répercuterait dans la rue, et sur lequel viendrait se greffer la malveillance israélienne.
Le Libanais est « débrouillard », certes, et plus il doit se débrouiller, mieux il se débrouille. Mais mieux il se débrouille, plus se consomme sa rupture avec les responsables supposés gérer son quotidien. Le gouvernement traînera encore dans l'indifférence générale. En marge des intérêts mesquins qui paralysent la marche de la nation, nous : nous revenons à nos moutons, nous nous occupons de nos oignons, nous avons du pain sur la planche, des chats à fouetter, et une fois accouché au milieu de nos multiples tâches, leur gouvernement ne nous fera, in fine, ni chaud ni froid  ■
Toujours pas de gouvernement, en revanche il a plu des trombes la nuit d'avant. En recouvrant dans une panique surfaite, pour bien marquer le coup, les meubles laissés à l'extérieur et dont la poussière s'échappe en fumée comme exorcisée par ce choc ; en désengorgeant dans la pénombre les gouttières où traîne un reste de feuillage desséché, on se dit que gouvernement ou pas, il y a encore des saisons. Aux abords de la fête de la Croix, il y a toujours une pluie isolée, un déversement de fraîcheur qui vous surprend en sandales et vous ravigote d'un souvent trop long été. Et c'est comme un réveil en plein Bois dormant. Rien n'a encore vraiment changé, et pourtant l'on change de rythme....
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