La suite on la connaît. C'est l'histoire de la fée Carabosse qui, n'ayant pas été conviée à la fête, s'est invitée à sa manière. La guerre est une fête inversée. Même effervescence, mêmes nuits qui n'en finissent pas, même vertige et même angoisse du calme, mêmes pulsions destructrices, même sentiment de liberté, même transgression des coutumes, même outrage à l'ordre et mêmes matins gueule de bois. Dans ces moments-là, les entre-deux sont des minutes folles de peur hystériques et de rires incontrôlables. Une expérience extrême propice au dépassement de soi. Le temps des héros, des traîtres, des pleutres et des déments.
Cet été, sur fond de menaces et de précarité ordinaire, dans le froid silencieux de la climatisation au-dedans et le tumulte mécanique de la chaleur au dehors, dans les nuits frénétiques de Beyrouth, dans chaque coucher de soleil qui annonce à la faune l'heure d'aller chasser dans les bars ou jouer du violon sur les toits, l'on songe qu'au fond rien n'a changé.
On tente d'user le décor un peu trop neuf du centre-ville pourtant déjà marqué par une nouvelle histoire, on s'acharne à culotter les murs des restaurants, les derniers au monde où il soit encore possible de fumer, on abuse du soleil oubliant que c'est lui qui abuse, on abuse de l'heure où les loups vont boire parce qu'il fait bon boire entre loups. Il ne reste plus au bout de la nuit qu'à pisser sur les étoiles avant qu'elles nous tombent sur la tête en salves explosives.
Un jour, nos enfants iront enquêter sur ces lieux, reniflant nos souvenirs à leur tour. Ils nous envieront nos années 2000. Nous leur dirons que la musique était trop forte pour s'aimer, que nos révolutions étaient des pétards mouillés. Mais elles ont fait de vrais morts. Folles années ■


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef