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Nouveaux mondes

On trouve parfois des perles dans les nouvelles du monde. Ainsi, la mer Morte, un peu plus morte cette année sur ses bords, a laissé apparaître quelques dounoums de terre vive, une bonne lichette de sable, certes salée, mais tout de même assimilable à du « territoire ». Tout le monde sait à quel point les trois syllabes du mot « territoire » font saliver l'État hébreu. S'agissant cette fois-ci de terres totalement vierges de toute histoire, totalement préservées de toute occupation humaine, les Israéliens se sont dépêchés de les annexer. Détail magnifique : forts respectueux du droit international, ils ont invité tout Palestinien éventuellement titulaire d'un titre de propriété, relatif à ces terres fraîchement émergées, à le présenter sous 45 jours. Peut-on être plus fair-play ? À l'honneur des Israéliens tout de même, leur savoir légendaire en matière de transformations géologiques et territoriales. En effet, ils n'ont pas leur pareil pour muer les déserts en champs fertiles... et les villes des autres en champs de ruines. L'histoire ne dit pas, dans le cas de la mer Morte, ce qu'en pense le plancton.
Depuis plusieurs décennies, l'humanité est un peu plus désespérée à l'idée de n'avoir plus de Terra incognita à découvrir. La terre, on en a fait le tour, et si certaines régions sont encore difficiles d'accès, elles n'en sont pas moins consignées et répertoriées. Voilà tout notre héritage. À moins de jeter des ponts dans l'espace, et tendre « des guirlandes d'étoile à étoile », non seulement il ne nous est pas possible de franchir le bord de la terre comme on croyait pouvoir le faire quand on se la figurait plate, mais nous sommes virtuellement condamnés à revenir sur nos pas, aussi loin que nous allions. Le seul espoir qu'il nous reste de découvrir une terre neuve est d'attendre qu'elle se révèle d'elle-même, comme elle l'a fait sous la mer Morte, comme elle le fera encore sous la calotte glaciaire.
Il me prend parfois de songer, en lisant distraitement les noms de pays sous les drapeaux alignés sur la couverture intérieure du Petit Larousse, que chaque vignette a été obtenue au prix d'un massacre. Tous les pays ou presque ont été baptisés dans le sang. Il faudra que les terres à venir demeurent anonymes. Des lieux communs. In-signifiants. Dépassionnés. Et que l'humanité entière dispose de 45 jours pour faire valoir ses titres de propriété sur ces mirages monstrueux provoqués par son paradoxal mépris de la planète, alors qu'elle mène des guerres sans merci pour écrire son nom sur quelques langues de sable ■
On trouve parfois des perles dans les nouvelles du monde. Ainsi, la mer Morte, un peu plus morte cette année sur ses bords, a laissé apparaître quelques dounoums de terre vive, une bonne lichette de sable, certes salée, mais tout de même assimilable à du « territoire ». Tout le monde sait à quel point les trois syllabes du mot « territoire » font saliver l'État hébreu. S'agissant cette fois-ci de terres totalement vierges de toute histoire, totalement préservées de toute occupation humaine, les Israéliens se sont dépêchés de les annexer. Détail magnifique : forts respectueux du droit international, ils ont invité tout Palestinien éventuellement titulaire d'un titre de...
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