Dimanche, 12 juillet. Ce même jour il y a trois ans était un jour de semaine. En garant ma voiture en face du journal, j'ai entendu des tirs nourris dans le ciel de la ville. « Chou ? » ai-je demandé au gardien. « Réjouissance », m'a-t-il répondu. Réjouissance ? deux soldats israéliens qui s'étaient aventurés à l'intérieur du « ruban» ont été capturés par le Hezbollah. À l'intérieur, trop près, pas assez loin, à portée de vue, à portée de main, exprès, par hasard, ce ne sont plus aujourd'hui que nuances vaines. À peine arrivée au bureau, j'ai vu la centraliste, les yeux écarquillés devant le poste de télévision. Un petit pont, au Sud, venait d'être bombardé. Un mort, qui ne s'y attendait pas. Dans la journée, d'autres petits ponts ont suivi, et le soir, l'aéroport, une tradition depuis 1969.
Près d'un mois s'est écoulé à ce rythme. Béance de l'enfer, exodes, effondrements, ensevelissements. Pénurie d'essence, de nourriture, affluence de réfugiés, réserves de fuel dégorgées dans la mer. Et toujours le bourdonnement des avions et des drones, le bruit sourd des explosions, et le sinistre bilan de chaque soir, au journal télévisé.
La guerre cloue le temps, l'angoisse le rend poisseux. Les heures ne se comptent plus qu'en nombre de victimes. Une éternité s'installe comme un tunnel sans issue.
Après, le temps s'accélère. Trois ans ont passé. C'était hier. On a colmaté, on a reconstruit, rempli les décharges de béton gangrené, de tiges de fer tordues comme des mains de damnés, de vêtements cardés contre les éboulis, de jouets écrasés dans l'écroulement des pierres.
On n'a plus retrouvé les enfants. Ni vivants ni morts. Les morts, on les a promus martyrs et livrés à la terre. Les vivants étaient déjà grands.
Israël s'est retiré, nous laissant entre ennemis intimes. On a dit « plus jamais », mais il n'y avait plus qu'à parier sur la date. On s'est rentré dedans. Cela commence par des tirs de réjouissance, et les réjouissances n'en finissent plus. On a la guerre jouissive.
Faut-il croire ■
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Dimanche, 12 juillet. Ce même jour il y a trois ans était un jour de semaine. En garant ma voiture en face du journal, j'ai entendu des tirs nourris dans le ciel de la ville. « Chou ? » ai-je demandé au gardien. « Réjouissance », m'a-t-il répondu. Réjouissance ? deux soldats israéliens qui s'étaient aventurés à l'intérieur du « ruban» ont été capturés par le Hezbollah. À l'intérieur, trop près, pas assez loin, à portée de vue, à portée de main, exprès, par hasard, ce ne sont plus aujourd'hui que nuances vaines. À peine arrivée au bureau, j'ai vu la centraliste, les yeux écarquillés devant le poste de...