Par 40° la route gondole. L'image tremblée de l'embouteillage est un mirage sans espoir d'oasis. Les véhicules sont quasiment emboîtés, mais personne ne proteste tant l'engourdissement est le lot de tous. On en oublie sa destination.
La mer est tiède. Nappée d'huile solaire. Elle a des relents de bergamote, de magnolia, de noix de coco. Tôt le matin, elle sent même encore un peu la mer. Dès midi, le soleil tape si fort que tout s'éclaire à contre-jour et la plage ressemble à un théâtre d'ombres. Les silhouettes brunies évoluent au ralenti dans le sable. Sensualité diffuse des corps presque nus. Armure dérisoire du bronzage. Soif de fraîcheur, tintement de glaçons. Il y a toujours un enfant qui pleure, mais on ne l'entend pas. Le bruit du ressac couvre les voix. Pourquoi les enfants pleurent-ils tant à la plage ?
Au loin, la montagne s'ébroue. Secoue son dos de bête et les forêts qui lui font un pelage. Fulmine contre les pyromanes déjà à l'œuvre, anticipant leur saison. Là encore, la chaleur forme une chape de silence que seules traversent les cigales, inlassablement. Les maisons longtemps abandonnées avalent goulûment par les fenêtres ouvertes un air pétrifié. Le reste de la saison sera de la même eau étale. Rythmer les journées de force, pour les sentir passer. Accommoder les légumes du jardin. Le soir, arroser les rosiers. La nuit, écouter la lune se lever.
La ville, elle, s'épuise en gesticulations vaines. Le flot des voitures s'étrangle à l'entrée des centres commerciaux et s'y perd comme en un trou noir. Depuis la fermeture des écoles, les heures de pointe sont décalées. Des chantiers faustiens remuent ciel et terre. Tour à tour, Beyrouth se dépeuple et se surpeuple. L'attraction-répulsion qu'elle inspire ne se dément pas. Folie des partisans quand s'offre la plus banale occasion de dérouiller leurs armes. Leur allégeance est farouche, hostile. Leur joie est dangereuse. À culture de guerre esthétique de guerre : les lance-roquettes trônent dans leur salon comme des portraits d'ancêtres. Bon sang saurait-il mentir ?
Sur les roof-tops, où coule la vodka et se coulent les filles, on dit que certaines tables sont réservées à 100 000 $ la saison. C'est un peu cher du lever de lune, mais quand on aime... Les moins nantis ont des couchers de soleil à portée d'horizon. Café brûlant ou bière glacée, pépins salés de tournesol, carottes ramollies dans le citron pressé, parfum des feuilles de tabac qui se consument sous le charbon. Au crissement des galets répond le glouglou des pipes à eau. Tout un empire ■


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef