Souvent un enterrement. Quand une fanfare conduit un cercueil, tout le monde suit la fanfare. Ça donne de la gueule aux obsèques. On se bouscule sur les balcons. Les adultes se signent, prennent un air de circonstance : Dieu ait son âme, tout de même, c'est un bel âge, elle a bien vécu, son fils lui envoyait de l'argent d'Australie, elle n'y touchait pas, besoin de rien, avait ses poules et son petit jardin... Les gamins, eux, ne trouvaient pas ça triste. Longtemps après le passage des cuivres, et de la vieille dame vêtue de noir dans son cercueil noir, ils répétaient avec frénésie la polka tenace de la fanfouille qui laissait traîner son bruit derrière elle, comme par négligence.
Dans mon quartier de Beyrouth, un petit malin a reniflé la nostalgie des fêtes de village dans les venelles où s'entassent les nouveaux citadins. Après avoir promené une croix en plâtre avec son Crucifié de 3 m aux deux Pâques (catholiques et orthodoxes) en diffusant Feyrouz sur un porte-voix
grésillant ; après avoir déambulé deux jours, et deux autres jours plus tard, avec des poussins éclos d'un œuf de dinosaure (et le porte-voix faisait piou-piou) ; après avoir trimballé tout un petit peuple de fidèles derrière une statue de la Vierge peinte en bleu et qui clignotait, et qui refusait de céder le passage, malgré les klaxons des impatients ignorant la piété de l'heure ; le voilà qui organise des processions derrière le portrait lumineux de son candidat favori. Sens de la pub ou confusion des registres ? Sens de la fête en tout cas. Que l'on adhère, que l'on s'exaspère ou que l'on désespère devant ces spectacles ambulants et leur nuisance sonore, et leur pollution mentale, on n'est jamais indifférent.
On a toujours en soi la nostalgie d'une fanfare bancale, champagne des pauvres gens. Une petite fanfare, dans l'angoisse ambiante... ■


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef