C'est à la fin du mois de mai joli qu'Israël a décidé d'entreprendre une manœuvre militaire phénoménale, « pour le cas où ». J'ose penser que si Israël avait cru donner un petit coup de pouce au Hezbollah à la veille des élections, il ne s'y serait pas mieux pris. Cela dit, ce « cas où » me laisse perplexe. Cas où quoi ? Cas où une guerre nucléaire contre l'Iran ? Cas où comme toujours le Liban servirait de soupape pour décongestionner la crise et la nervosité des troupes ? Cas où la grippe porcine, comme une pandémie médiévale, comme un fléau biblique, viendrait corser le « cas où » ? Il y a d'ailleurs quelque chose de dantesque dans cette fièvre du cochon, à cause justement du cochon en lequel certaines civilisations voient une bête du diable. Quelque chose d'archaïque, muté en phénomène moderne puisque véhiculé à bord des avions. Aurait-on imaginé pareille merveille au temps des prédicateurs ?
Pour notre part, abonnés aux « cas où » dont nous faisons de temps en temps les frais, nous ne compterons comme d'habitude que sur la Providence. Il faut dire qu'elle nous le rend plutôt bien, nous épargnant tantôt la crise financière, tantôt les épidémies. Oui je croise vite les doigts et je crache. Mais point trop n'en faut puisqu'en échange, elle nous en réserve aussi de bonnes. Les fièvres passent, les voisins restent.
Je me prends parfois à songer que la perspective des guerres n'est en somme, pour nos pays trop vieux, que prétexte à espérer un regain de jeunesse. Avachis sur leurs rives millénaires, gras et lourds du cumul du temps, ils appellent les orages de leurs vœux séniles, dans l'espoir que quelque chose, ou quelqu'un, vienne ranimer, fut-ce par le sang, leurs humeurs sombres et leurs lauriers fanés.
Il n'est pas bon de descendre des peuples antiques. On en garde des poussées d'orgueil, de fureur et de crainte, qu'une sorte de mémoire tacite laisse échapper par moments. Nous avons été tour à tour des chasseurs et des proies, des victimes et des bourreaux, des exilés et des tyrans. Chaque étape nous a renvoyés à nos démons, chaque expérience à nos communautés étroites. À l'heure où le monde se serre les coudes, en prévision d'un mal dont, pour une fois, il n'est pas responsable, peut-être faudrait-il, à l'Iran comme à Israël et à d'autres, renoncer à l'excitation des veilles de combat pour celle, tellement plus grave et noble, de la solidarité qui s'imposera ■
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats C'est à la fin du mois de mai joli qu'Israël a décidé d'entreprendre une manœuvre militaire phénoménale, « pour le cas où ». J'ose penser que si Israël avait cru donner un petit coup de pouce au Hezbollah à la veille des élections, il ne s'y serait pas mieux pris. Cela dit, ce « cas où » me laisse perplexe. Cas où quoi ? Cas où une guerre nucléaire contre l'Iran ? Cas où comme toujours le Liban servirait de soupape pour décongestionner la crise et la nervosité des troupes ? Cas où la grippe porcine, comme une pandémie médiévale, comme un fléau biblique, viendrait corser le « cas où » ? Il y a...