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C’est la forêt qui cache l’arbre

« Petit pays, petites gens », lit-on dans Ritournelle de la faim, le dernier roman de Le Clézio. Cette réflexion d'un Parisien dans un cercle d'expatriés des îles a dû laisser songeur plus d'un habitant de « petit pays », à commencer par le lecteur libanais.
De fait, avec un territoire exigu où vit une population de quelque 4 millions d'habitants (1 million suffit à remplir une grand-place, c'est dire...), le Liban ne se prête pas aux grandes ambitions. Aucune découverte scientifique, aucun prodige littéraire, aucun exploit sportif n'a pu se produire sur ces rives. De grandes figures libanaises existent, certes, dans tous les domaines, mais elles n'ont pu s'épanouir et se révéler qu'à l'étranger. Dans l'enceinte mal tracée de nos frontières, la vie intellectuelle se limite aux médisances mesquines, aux querelles de clocher, à la course au prestige d'opérette. La médiocrité des propos, qui se prétendent politiques dès qu'assénés du haut d'une tribune, n'est que le reflet de l'étroitesse d'une société rendue plus étriquée encore par les divisions qui la rongent. Petit pays...
Mais nous avons la montagne. Mais nous avons la mer. Quand l'espace nous manque, l'une nous pousse vers le haut et l'autre vers le large. Une fois loin des vaines gesticulations et des petits dépits domestiques, le Libanais se chauffe d'un tout autre bois. Une fois sorti des pinailleries locales, ô prodige, sa trempe étincelle. Lui reviennent alors le chevaleresque atavisme des Arabes, la générosité du paysan, la solidarité du pêcheur, l'audace du navigateur enfouis dans ses gènes. Passé la ligne d'horizon où s'arrête sa part de mer, il franchit à son grand étonnement ses propres limites et donne, enfin libre des contraintes communautaires et des incongruités sociales, ce qu'il ne croyait même pas posséder.
Les arbres n'aiment pas la forêt, aime à répéter Michel Tournier. Et ce n'est pas hasard que notre emblème soit un arbre. Le Libanais ne se déploie qu'à l'écart des siens. Il ne s'élève que quand leur ombre l'étouffe. Et c'est la manie de crever le ciel pour un peu d'air et de lumière qui le transforme parfois en géant, avant même qu'il ait vu venir.
En cette veille de scrutin où plus que jamais se dégagent de ce petit pays miasmes et cacophonies de basses-cours, comment faire appel au vote des émigrés ? Comment les intéresser à ces chamailleries cruciales, où ne se joue, in fine, que la carrière des candidats ? Et, question subsidiaire, par quelle alchimie l'électeur libanais renoncera-t-il un jour à la sujétion, pour devenir enfin citoyen ?
« Petit pays, petites gens », lit-on dans Ritournelle de la faim, le dernier roman de Le Clézio. Cette réflexion d'un Parisien dans un cercle d'expatriés des îles a dû laisser songeur plus d'un habitant de « petit pays », à commencer par le lecteur libanais. De fait, avec un territoire exigu où vit une population de quelque 4 millions d'habitants (1 million suffit à remplir une grand-place, c'est dire...), le Liban ne se prête pas aux grandes ambitions. Aucune découverte scientifique, aucun prodige littéraire, aucun exploit sportif n'a pu se produire sur ces rives. De grandes figures libanaises existent, certes, dans tous les domaines, mais elles n'ont pu s'épanouir et se révéler qu'à...
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