Alors que l’histoire se crée partout ailleurs, s’invite auprès de populations longtemps opprimées, leur laisse espérer des lendemains meilleurs, au Liban, les « visionnaires des temps nouveaux » l’obligent à se défigurer, à renier le passé, à assassiner le présent et à rayer l’avenir de la tête des gens.
Que d’occasions manquées, que d’opportunités gaspillées et toujours cette propension maladive à jouer les matamores : des grenouilles qui se prennent pour des bœufs et des têtes pensantes qui perdent la tête dans les délires de la politique politicienne.
Et c’est ainsi que l’on voit des diplômés de grandes écoles revêtir les habits de généraux de pacotille, tenir des discours de charretiers et écumer les administrations pour régler leur compte à des fonctionnaires récalcitrants ; c’est ainsi que l’on voit d’anciens généraux revêtir les habits de miliciens et menacer grands et moins grands de leurs foudres, celles qu’ils ont grappillées au fil de leurs compromissions.
Des présents très peu recommandables, des absents qui n’entendent plus que ce que leurs oreilles veulent bien entendre : voilà « l’équipe de choc » qui veut réformer le pays, faire oublier les innombrables fiascos accumulés au fil de prestations très peu catholiques... sunnites, chiites ou druzes tout autant.
Que cessent donc les mensonges, les diatribes assénées comme autant de paroles d’Évangile : ce n’est pas en farfouillant dans les poubelles du passé, en en extrayant les ordures les plus pestilentielles que l’on épurera l’administration. Ce n’est pas en menaçant de leur faire la peau que l’on ramènera les « brebis galeuses » sur le droit chemin, un chemin forcément oblique parce que taillé à la mesure de tout un chacun.
Ce n’est pas en dialoguant assis sur des tonnes d’armes et de munitions, qui sont autant d’arguments de persuasion massive, que l’on rétablira une confiance malmenée, violentée par les « visionnaires des temps nouveaux ».
Inutile de tourner autour du pot : ce ne sont pas les jérémiades actuelles, les provocations militaristes, les insultes quasiment animalières (les uns sont qualifiés de baudets, les autres de crocodiles) qui ouvriront la voie au changement, qui assainiront la vie politique.
Le redressement, la purification de l’administration publique, la réhabilitation de l’État de droit ne peuvent s’accomplir que dans un climat de paix civile, la paix des armes mais aussi des esprits. Dix années au moins, sans discontinuité, de paix civile à l’orée desquelles tout sera mis au service de l’État : des armes qui se terrent dans les arsenaux du Hezbollah aux compétences aujourd’hui assujetties aux volontés de partis politiques adverses.
Une adhésion totale, inconditionnelle à l’État, hors de laquelle tout est mensonges et imposture. Les réformes, redisons-le une fois pour toutes, ne peuvent être enclenchées et se réaliser dans une atmosphère délétère lorsque les couteaux sont tirés à chaque différend et quand les protagonistes font sauter la baraque chaque fois qu’ils se retrouvent au pied du mur.
L’histoire, disions-nous en préambule, se redessine à nos portes, ouvre des perspectives impossibles encore à évaluer. Le Liban réussira-t-il à accompagner cette magnifique entreprise, à l’apprivoiser à l’ombre d’un État reconstitué, ou continuera-t-il à se perdre dans les vaines ambitions qui mutilent son âme ?
À l’heure du printemps arabe, des révoltes qui annoncent l’avènement de l’homme nouveau, il serait tragique que le Liban rate son rendez-vous avec l’histoire. Le printemps de mars 2005 n’aura alors été que l’annonce d’une chape de plomb, d’un bien triste automne.


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