Les échéances, puisque c'est d'elles qu'il s'agit, grondent, rugissent, s'apprêtent à défoncer les barrières les plus bétonnées, les coffres-forts de tous les secrets, de toutes les avanies, se promettent de saisir au collet les imposteurs, les menteurs, ceux qui ont longtemps mené en bateau des populations crédules, réduites à l'état d'assistées.
La bourrasque qui souffle est la conséquence d'une prise de conscience : brutale, colérique parce que longtemps réprimée, enfouie sous des décades de frustrations. De Moubarak à Ben Ali, de Kadhafi à tous ceux que la révolte en cours contraint à passer des nuits blanches, à formuler des mea culpa devenus inutiles, c'est toute une panoplie qui s'effondre, c'est tout un système archaïque qui se désintègre.
Un changement qui s'opère dans la souffrance, dans la douleur : la liberté a un prix, toujours élevé, mais son acquisition mérite évidemment tous les sacrifices. Après les Tunisiens et les Égyptiens, les Libyens offrent aujourd'hui au monde l'exemple d'une détermination exceptionnelle, celle qui peut faire bouger les montagnes, qui peut imprimer au destin le cours à suivre.
Les échéances frappent aux portes, disions-nous en préambule, et c'est dans ce climat cataclysmique, de bouleversement radical dans le monde arabe que le Liban affronte ses propres démons, est confronté à sa vingt-cinquième heure, celle d'une vérité qui devrait rendre justice aux victimes, accabler les imposteurs et les criminels, redonner au droit ses lettres de noblesse.
C'est malheureusement en rangs dispersés que les Libanais accueillent l'instant fatidique, celui que le Tribunal spécial de La Haye entend offrir au Liban comme une garantie contre de nouveaux abus, contre l'ignominie des assassinats politiques. Une échéance annonciatrice non pas d'une unanimité populaire contre l'injustice, mais d'une rupture renouvelée entre deux modes de pensée, deux positionnements culturels, conséquences de fractures autant politiques que confessionnelles, d'agendas autant locaux que régionaux.
C'est ainsi que le Hezbollah, fort de ses armes, de sa représentativité communautaire, part en guerre contre le TSL et refuse d'obtempérer à toute interpellation judiciaire ; le 14 Mars, quant à lui, fort autant de sa double représentativité communautaire que de sa quête évidente de justice, descend dans la rue le 13 courant pour dire « non aux armes hors de l'État », « non au chantage milicien ».
Si deux contradictions ne font pas une nation, que dire alors d'une situation où les forces antagonistes se regardent en chiens de faïence, les uns brandissant l'épée de guerres incessantes, d'une résistance fourvoyée dans l'arène politicienne, les autres agitant le glaive de la justice, celle-là même qui mobilise les foules dans le monde arabe, les propulse dans les rues avec l'énergie du désespoir.
La formule miracle, soufflée par un ami plutôt optimiste, ne tient pas vraiment la route : 14 mars + 8 mars = 22 novembre ! Un sacré vœu que le plus génial des mathématiciens n'oserait s'aventurer à réaliser... pour la simple raison qu'il aurait à mener ses travaux le revolver sur la tempe !


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