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Les rois nus

Plus un pays, plus un régime, plus un dirigeant ne peuvent désormais se dire à l'abri des bourrasques du changement et la politique de l'autruche, avachie dans le cocon du déni des réalités, n'est plus que la porte d'accès aux surprises les plus dévastatrices, aux gifles les plus retentissantes.
Un réveil brutal qui ne comporte même pas l'espoir d'une absolution ou d'une rédemption : la prise de conscience, quand elle survient, arrive malheureusement toujours trop tard, et ce ne sont ni les promesses faramineuses ni les dollars distribués par poignées qui réussiront à infléchir le cours des événements, la marche de l'histoire.
Un parcours inéluctable pour la simple raison que les bouleversements en cours ne sont plus ni intrigues de palais ni chambardements de sérails, héritages de temps révolus où le sacrifice de boucs émissaires permettait de faire avaler les pilules les plus amères.
C'est de fronde, de révolte imparable qu'il s'agit aujourd'hui, d'une colère trop longtemps contenue, trop longtemps réprimée, une soif de revanche, de justice, qui ne peut être désaltérée que par la chute de l'oppresseur, de l'icône statufiée...
Un raz-de-marée libérateur qu'il serait injuste et indigne de limiter à un simple effet de mimétisme. De la Tunisie à l'Égypte, de la Libye au Yémen, de l'Algérie à Bahreïn, c'est une marmite à pression trop longtemps comprimée qui vient d'exploser, une issue qui était devenue inévitable depuis que la planète n'est plus qu'un immense village où tout se sait, tout se raconte, tout se crie à un rythme effréné, des pays les plus proches aux voisins les plus éloignés...
D'un côté, une corruption étalée au grand jour, celle de régimes « impérissables », les fils assurant naturellement la relève de leurs potentats de pères, de l'autre une pauvreté de plus en plus insupportable, un chômage effrayant, des populations réduites à ramasser les miettes que daignent leur abandonner, dans leur grande mansuétude, les géniteurs de révolutions d'un autre âge, de coups d'État militaires ou théocratiques, voies royales conduisant aux dictatures les plus infâmes, les plus aveugles.
Des dictatures qui n'ont pas compris que les temps ont changé, que les idées progressent désormais à la vitesse du son, que la parole s'est libérée, s'est défaite des menottes qui la réduisaient au silence, que les moyens de communication ne connaissent plus ni barrières ni frontières.
Des dictatures qui continuent d'opprimer leurs populations, leur refusent le droit à manifester, les menacent des pires sévices, potences à l'appui, et applaudissent en même temps aux révoltes qui secouent le monde arabe. Une schizophrénie, instaurée en politique d'État, mais qui creuse sa propre tombe, un mensonge et une supercherie grotesques qui dénudent ceux-là mêmes qui se disent dépositaires d'hallucinantes volontés divines...
Des devoirs, bien sûr que les citoyens en ont à l'égard des États qui les protègent, qui leur assurent le minimum vital, mais de droits ils en ont aussi l'exigence : droit à une vie digne, à la liberté de pensée et de parole, à une justice qui protège des abus, qui juge et sanctionne les criminels, qui élimine de son vocabulaire le terme « impunité ».
Justice et sanction, cela nous ramène directement au Liban : un slogan, deux évidences, une double nécessité, celle qui devrait réunir, réunifier les Libanais par-delà leurs appartenances confessionnelles, leurs divisions intercommunautaires.
Ni dictature ni théocratie au pouvoir au Liban ; le mal est ailleurs, il est dans l'émergence d'une force parallèle à l'État, une force qui lui est même devenue antagoniste dans la mesure où elle lui dispute l'essence même de sa fonction, la décision de guerre et de paix, où elle exerce le chantage du recours aux armes pour contrer une justice qui ne lui assure pas l'impunité.
Que les jeunes Libanais soient gagnés par le souffle de la contestation, qu'ils veuillent se battre pour une laïcité libératrice, pour des réformes essentielles, il n'y a là rien d'étonnant. Mais dans le contexte actuel, celui de la prise en otage de l'État par une organisation armée théocratique, il est vital, impératif, de ne pas se tromper de combat, de ne pas inverser les priorités.
Pas de changement sans justice, pas de justice sans État de droit : telle est la quadrature du cercle, tel devrait être le chemin à emprunter pour faire sauter les verrous, ceux de la corruption comme de l'assujettissement de la légalité au bon vouloir d'une milice.
C'est alors que le vent de liberté et de réforme qui balaie le monde arabe trouvera son véritable répondant au Liban : un État de droit soutenu par la légalité internationale, débarrassé de la menace incessante des assassinats à répétition.
Plus un pays, plus un régime, plus un dirigeant ne peuvent désormais se dire à l'abri des bourrasques du changement et la politique de l'autruche, avachie dans le cocon du déni des réalités, n'est plus que la porte d'accès aux surprises les plus dévastatrices, aux gifles les plus retentissantes.Un réveil brutal qui ne comporte même pas l'espoir d'une absolution ou d'une rédemption : la prise de conscience, quand elle survient, arrive malheureusement toujours trop tard, et ce ne sont ni les promesses faramineuses ni les dollars distribués par poignées qui réussiront à infléchir le cours des événements, la marche de l'histoire.Un parcours inéluctable pour la simple raison que les bouleversements en cours ne sont plus ni intrigues de palais ni chambardements de sérails, héritages de temps révolus où le sacrifice de...
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