Ce printemps de Beyrouth qui nous revient après une longue éclipse, alors que fleurissent alentour maints renouveaux arabes, plus d'une hirondelle nous en fait la réconfortante annonce. Le premier de ces gracieux messagers aura été la lumineuse journée du 13 mars, où l'on vit les citoyens se retrouver par centaines de milliers pour redonner corps et consistance à une révolution du Cèdre que l'on prétendait au bout du rouleau.
Que ce contrat de fidélité ait été reconduit avec des idées en réalité, bien davantage qu'avec des hommes ou des partis, est une première et heureuse évidence. Que les principes de souveraineté, d'indépendance et de justice aient survécu avec une telle vigueur, une telle exubérance, aux erreurs ou inhibitions des chefs politiques, aux concessions excessives qu'ils ont dû accepter sans la moindre contrepartie, est déjà extraordinaire en soi.
Pourquoi donc avoir pratiquement passé l'éponge sur la gestion médiocre d'un aussi énorme capital ? La réponse la plus simple, bien que la moins flatteuse, il est vrai, pour les organisateurs, est qu'ailleurs c'est bien pire. Avec l'inversion des rôles qu'a opérée le renversement du gouvernement Hariri, c'est paradoxalement dans la situation d'une opposition claire et nette, plutôt que d'une majorité disparate et timorée, que les forces souverainistes, délivrées des contraintes du pouvoir, se retrouvent en véritable symbiose avec le gros de l'opinion publique. C'est bien contre l'armement milicien brandi sur la scène politique locale sous prétexte de résistance à Israël, contre l'effet pervers qu'a cet arsenal sur le jeu démocratique, qu'ont manifesté sans équivoque, cette fois, les foules ; c'est contre la rupture projetée avec le Tribunal spécial pour le Liban, contre l'arrimage à l'axe syro-iranien, contre le retour à la tutelle étrangère, contre un projet de société faussement vertueuse et absolument étrangère à nos traditions et vocations...
Ce non retentissant ne s'adresse pas, bien entendu, aux seuls auteurs de tous ces sulfureux projets. En effet, le Premier ministre désigné Nagib Mikati ne peut plus désormais ignorer ou feindre d'ignorer l'ampleur du rejet que suscite le cahier des charges qui lui a été assigné. De même se trouve spectaculairement rappelé à la mémoire du président de la République son refus de cautionner toute formation d'un gouvernement monochrome.
La deuxième hirondelle, et non la moindre, est, on l'aura deviné, l'élection, hier, à la quasi-unanimité des évêques maronites, du 77e patriarche d'Antioche et de tout l'Orient, Mgr Béchara Rahi. L'événement n'intéresse pas que les seuls maronites, dans un Liban qui fut façonné par la puissance mandataire française au net bénéfice des chrétiens mais dont la viabilité, en tant qu'entité étatique, dépend plus que jamais de l'entente intercommunautaire. Si le scrutin d'hier revêt une portée tout à fait exceptionnelle, c'est d'abord parce qu'il sonne l'heure d'un repos bien mérité pour ce patriarche historique qu'aura été Mgr Nasrallah Sfeir. C'est à cet indomptable prêtre que l'on doit la première étincelle de la courageuse quête de souveraineté qui a conduit à la levée de la tutelle syrienne sur le Liban ; mais c'est à lui que l'on doit aussi la réconciliation druzo-chrétienne et, plus généralement, une vaste reconnaissance de l'autorité morale de Bkerké contestée seulement, paradoxe des paradoxes, par les alliés chrétiens de la Syrie. Important, l'événement l'est ensuite parce que c'est un grand évêque que l'on voit succéder à un grand patriarche, un ardent patriote voué au dialogue islamo-chrétien, doublé d'un communicateur de talent. Ce n'est certes pas un homme de transition, et encore moins de rupture, qui accède à la dignité patriarcale, mais au contraire un prélat parfaitement au fait de l'énormité de la charge qu'il assume désormais : cela dans un Liban parcouru de lignes de fracture, cela dans un Orient où l'on voit se réduire la présence chrétienne comme peau de chagrin.
Parité islamo-chrétienne, Liban d'abord : un slogan sur lequel feraient bien de méditer ceux qui, aveuglés par leurs ambitions, ont cru pouvoir s'insurger contre ce gage de pérennité libanaise qu'a été, que reste Bkerké.
Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
Que ce contrat de fidélité ait été reconduit avec des idées en réalité, bien davantage qu'avec des hommes ou des partis, est une première et heureuse évidence. Que les principes de souveraineté, d'indépendance et de justice aient survécu avec une telle vigueur, une telle exubérance, aux erreurs ou inhibitions des chefs politiques, aux concessions excessives qu'ils ont dû accepter sans la...


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