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Robinetteries

Ce temps qui en devient franchement agaçant à force d'être beau, ces températures estivales persistant en plein mois de décembre, cette pluviosité réduite de trois quarts, tout cela ne présage rien de bon dans un pays menacé par la soif alors qu'il passe pourtant pour le château d'eau de la région. Que les autres contrées du Proche-Orient ne soient guère mieux loties cette année, qu'un Israël si prompt à inonder de fer et de feu ses voisins assiste impuissant à l'incendie de ses forêts, que l'île toute proche de Chypre soit quant à elle en voie de désertification ne console guère, bien sûr.

En fait, c'est d'une sécheresse d'un autre type, bien plus dévastatrice, que souffre actuellement notre pays : celle de l'imagination et de l'action politiques, lesquelles se résument souvent à multiplier, sous les plus extravagants des prétextes, les obstacles, là où ceux-ci foisonnent naturellement déjà. Exemple en est ce phénomène bien connu, et fort usité, en politique : perdre du temps, cela veut dire au contraire essayer d'en gagner, dans l'attente de quelque évènement susceptible de changer la donne.

Un jour à Téhéran ou à Paris, un autre jour à Riyad ou Moscou : en multipliant les visites officielles à l'étranger, comme il le fait depuis quelque temps, Saad Hariri ne pouvait manquer de s'attirer les foudres du Hezbollah. Que le Premier ministre s'efforce effectivement de s'assurer le soutien ou ne serait-ce que la compréhension des gouvernements, amis avérés ou amis douteux, face au cours inexorable de la justice internationale, est en effet évident. Qu'il cherche, ainsi faisant, à meubler un tant soit peu utilement le vide sidéral de l'activité politique, alors que le Tribunal spécial pour le Liban est sur le point d'être saisi d'un acte d'accusation, crève les yeux. Mais n'en déplaise à Hassan Nasrallah, il n'y a certes pas là perte de temps.

Perdre son temps eut été en fait, pour le chef du gouvernement, de chasser les mouches dans son bureau du Sérail en attendant que le Hezbollah et ses alliés de l'opposition (une opposition associée au pouvoir, et donc censée en user dans les règles) veuillent bien participer à une réunion intelligente et cohérente du Conseil des ministres : intelligente et cohérente car on y débattrait d'autre chose - les problèmes vitaux sont loin de manquer - que de l'affaire de ces faux témoins que cette même opposition tient pour absolument prioritaire, alors qu'il y a eu meurtre de tant d'hommes, et non des moindres. Pure perte de temps, de même, eut été de prendre son mal en patience en espérant voir ces messieurs se présenter à la bien mal nommée conférence de dialogue national, chargée, il y a des années déjà, de dégager un consensus sur une stratégie de défense.

 

La triste vérité est que, par l'effet conjugué de la mauvaise foi et de la mauvaise volonté, mal camouflées sous des flots de phraséologie, ce ronflant objectif n'a jamais été qu'un leurre, une discussion byzantine sur la très improbable complémentarité entre un État qui se veut indépendant et souverain, et une résistance financée, armée, encadrée - et sans doute commandée - de l'extérieur. En définitive, il est bien malheureux que pour d'aucuns, qui ont étrangement endossé l'habit du coupable en prenant de vitesse l'accusation, la seule stratégie de défense ait désormais pour cible le Tribunal spécial pour le Liban, et non plus l'ennemi israélien. Exiger comme ils le font que le Liban, comme un seul homme, se résigne à désavouer la justice internationale, paralyser à cette fin la vie politique et socioéconomique du pays, se répandre en menaces même pas voilées, voilà bien ce qui s'appelle perdre du temps. Le nôtre tous, où qu'aillent nos sympathies. Le leur, faut-il espérer.

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

Ce temps qui en devient franchement agaçant à force d'être beau, ces températures estivales persistant en plein mois de décembre, cette pluviosité réduite de trois quarts, tout cela ne présage rien de bon dans un pays menacé par la soif alors qu'il passe pourtant pour le château d'eau de la région. Que les autres contrées du Proche-Orient ne soient guère mieux loties cette année, qu'un Israël si prompt à inonder de fer et de feu ses voisins assiste impuissant à l'incendie de ses forêts, que l'île toute proche de Chypre soit quant à elle en voie de désertification ne console guère, bien sûr.En fait, c'est d'une sécheresse d'un autre type, bien plus dévastatrice, que souffre...