Nul ne souhaite, pour le moment du moins, couler le gouvernement, car cela ouvrirait la porte à l'inconnu. Il est clair néanmoins que le mot d'ordre donné à l'opposition est d'amener son chef, Saad Hariri, à se renier : c'est-à-dire, en tout premier lieu, à désavouer le Tribunal spécial pour le Liban saisi du meurtre de son père et des divers autres attentats criminels commis contre le pays.
Un coup de gourdin aussitôt suivi d'une caresse dans le sens du poil en attendant, bien entendu, la prochaine volée de bois vert : c'est en soufflant le chaud et le froid que le chef d'orchestre syrien escompte ramollir l'objectif. Suivant de peu le lancement de 33 mandats d'arrêt contre des personnalités proches de Saad Hariri, le dernier des coups de gourdin était le terme méprisant de carcasse en carton dont a usé le Premier ministre syrien pour qualifier un Rassemblement, le 14 Mars, qui pourtant a remporté haut la main deux élections consécutives et que préside, comme on sait, le même Hariri.
Quant à la dernière en date des caresses, c'est l'affirmation par le président Bachar el-Assad que le même et sempiternel Saad Hariri est absolument l'homme qu'il faut en ce moment, le seul à même de transcender la situation explosive résultant de l'action du tribunal. On le croit sans peine, pardi : quel gouvernement libanais en effet serait-il en mesure de faire définitivement une croix sur la justice internationale s'il n'était précisément coiffé par celui que l'on désigne comme l'héritier du sang en oubliant un peu vite, il est vrai, tous les autres martyrs fauchés par les assassins ?
À l'intérieur, c'est à une autre variété de travail de sape que s'adonnent, à visage découvert, les amis de Damas. Déharirisation à outrance paraît être en effet le mot d'ordre. Hier encore en commission parlementaire ils harcelaient la ministre al-Hassan sous prétexte d'être admis à scruter la gestion financière des gouvernements passés. Or ce droit de regard sur les dépenses de fonctionnement de l'État, nos Messieurs Propre, dont plus d'un d'ailleurs est loin d'être un modèle de probité, eurent parfaitement pu l'exercer dans les règles, an après an, s'ils n'étaient trop occupés, en ce temps-là, à faire cadenasser les portes du Parlement, à paralyser la vie économique en squattant le centre-ville de la capitale, à bloquer, l'une après l'autre, les échéances constitutionnelles.
On les voit même s'en prendre, toujours mus par leur hantise de déharirisation, à la seule machine qui tourne encore dans ce pays, à savoir la société privée qui s'acquitte fort correctement du ramassage des ordures ménagères. L'actuelle concession leur est intolérable, ils exigent que les opérations de voirie soient soumises à adjudication, et dans le même temps ils défendent bec et ongles leur projet de contrat de gré à gré avec une compagnie turque de générateurs électriques flottants.
À l'heure de cette surréelle inquisition financière, on ne pourra que convenir avec eux de ce seul point : il y a effectivement, au Liban, des poubelles qui se perdent ...
Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
P-S : On reconnaîtra volontiers au ministre de l'Intérieur Ziyad Baroud, épinglé dans le dernier éditorial, l'honnêteté et le courage d'admettre, comme il l'a fait publiquement hier, sa responsabilité dans l'actuelle dégradation de la sécurité sur les routes. Cette responsabilité, le ministre ne l'assume guère seul cependant, puisqu'elle rejaillit aussi sur divers autres départements. De ce dysfonctionnement étatique, M. Baroud aura fourni l'exemple le plus stupéfiant en mettant en cause les forces de police et de gendarmerie (FSI), privées de tout conseil de commandement et qui n'abritent pas dans leurs rangs que des éléments de valeur. Face à un aussi désespérant tableau, les mesures envisagées hier ne peuvent être que des palliatifs, là où s'impose un remède de cheval (vapeur).
Un coup de gourdin aussitôt suivi d'une caresse dans le sens du poil en attendant, bien entendu, la prochaine volée de bois vert : c'est en soufflant le chaud et le froid que le chef d'orchestre syrien escompte ramollir l'objectif. Suivant de peu le lancement de 33 mandats d'arrêt contre des personnalités proches de Saad Hariri, le dernier...

