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Abécédaire de crise

Que de premières réunies dans un même événement !

Première visite au Liban, hier, de Abdallah al-Saoud depuis qu'il a accédé au trône d'Arabie ; dans un geste absolument sans précédent, l'octogénaire majesté s'est même rendue au domicile de son jeune protégé Saad Hariri pour lui manifester de manière on ne peut plus explicite son soutien. Première visite aussi de Bachar el-Assad depuis l'assassinat de Hariri père, lequel avait entraîné une rupture libano-syrienne quasi totale. Du jamais-vu, quoi qu'il en soit, que le spectacle de ces deux personnages longtemps rivaux, sinon ennemis jurés, accourant soudain bras dessus, bras dessous, à bord du même avion pour tenter de désamorcer la crise tournant autour du Tribunal spécial pour le Liban.

Toutes ces premières font évidemment une multitude de symboles. Le plus évident de ceux-ci est tout à la fois rassurant et navrant. Ce qui porte au réconfort, c'est que l'Arabie saoudite et la Syrie, qui se sont longtemps affrontées par procuration dans l'arène libanaise, s'activent soudain de concert pour éloigner le spectre d'une confrontation sunnito-chiite qu'a agité - sciemment ou non - le chef du Hezbollah Hassan Nasrallah dans le feu de ses attaques contre la justice internationale. Et ce qui attriste, c'est que, près de sept décennies après leur accession à l'indépendance, les Libanais doivent bien constater pour la centième fois qu'ils ne sont pas totalement maîtres de leur destin et qu'il leur est impossible de gérer tout seuls leurs propres affaires.

Pour spectaculaire et fructueuse qu'elle soit toutefois, l'initiative conjointe syro-saoudite, suivie sur-le-champ d'une mission tout aussi pacificatrice de l'émir du Qatar, porte en elle les germes de sa fragilité : déployée dans une atmosphère de grande urgence, elle ne traite forcément que d'un contexte immédiat. C'est ce que laisse penser le communiqué tripartite, qui rappelle en effet la nécessité de s'en tenir à l'accord interlibanais de Doha préconisant le dialogue national et bannissant tout recours à la violence. Une fois paré au plus pressé, toute une foule de questions s'impose cependant dans l'attente de la publication, dans les prochains mois, de l'acte d'accusation du procureur Daniel Bellemare.

Ainsi la Syrie elle-même serait-elle désormais à l'abri des poursuites internationales comme le soutient le chef du Hezbollah, comme le laisse croire en outre un réchauffement des rapports syro-libanais hier encore impensable : la seule possibilité que consent à envisager du bout des lèvres Damas étant celle de citoyens syriens dévoyés qui seraient jugés et condamnés localement pour haute trahison ? La Syrie éventuellement blanchie, n'est-ce pas l'Iran qui, en parfaite logique, s'estimerait alors ciblé à travers le Hezbollah ? Sans la coopération d'un acteur d'un tel poids, quel pourrait être le réel pouvoir d'apaisement du condominium syro-saoudite constitué de fraîche date alors que se bousculent les prophètes de malheur, israéliens notamment, s'acharnant à souffler sur la braise ?

S.S. (Syriens et Saoudiens) : sans trop paraître s'en émouvoir pour la dignité nationale, le président de l'Assemblée Nabih Berry n'a cessé de professer, ces dernières années, que seule la conjonction de ces deux initiales pourrait sauver le pays. Si nombreuses sont toutefois les ingérences et manipulations extérieures que l'alphabet tout entier pourrait bien y passer.

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
Que de premières réunies dans un même événement !Première visite au Liban, hier, de Abdallah al-Saoud depuis qu'il a accédé au trône d'Arabie ; dans un geste absolument sans précédent, l'octogénaire majesté s'est même rendue au domicile de son jeune protégé Saad Hariri pour lui manifester de manière on ne peut plus explicite son soutien. Première visite aussi de Bachar el-Assad depuis l'assassinat de Hariri père, lequel avait entraîné une rupture libano-syrienne quasi totale. Du jamais-vu, quoi qu'il en soit, que le spectacle de ces deux personnages longtemps rivaux, sinon ennemis jurés, accourant soudain bras dessus, bras dessous, à bord du même avion pour tenter de...