Simple pragmatisme ou phénoménale hypocrisie ? Ce qui frappe le plus dans l'actuel processus de normalisation avec la Syrie, illustré par les visites que multiplient à tour de rôle à Damas le président Sleiman et le Premier ministre Hariri, c'est l'application que mettent les deux partenaires à traiter leur contentieux comme si l'énorme crise des dernières années n'était après tout qu'une anodine brouille familiale, qu'un de ces nuages d'été vite chassé par les chauds rayons des bons sentiments. Ainsi a été inexplicablement maintenu en place un Conseil supérieur libano-syrien que devrait rendre obsolète pourtant l'échange d'ambassades intervenu l'an dernier. De même est toujours tenu pour intouchable un traité de coopération et de fraternité qui, à l'ère de la tutelle, réduisait ladite coopération à une bien peu digne collaboration, à l'ombre d'une occupation rien moins que fraternelle.
Durant les dernières semaines ont été revus et théoriquement corrigés les divers accords bilatéraux signés dans le cadre de ce traité, lesquels doivent encore être entérinés par les deux pays. Mais tous les accords du monde ne valent pas tripette quand ils ne sont pas honnêtement honorés. Or voilà qui requiert plus d'une condition préalable. La première serait une même bonne volonté animant les deux partenaires, ce qui, jusqu'à nouvel ordre, reste bien hypothétique. Dans le même ordre d'idées, on pourrait également citer (ne rêvons pas) un même souci de la légalité internationale. Étant entendu (ne nous leurrons pas) que toute entente fructueuse suppose, au départ, un rapport de forces n'accusant pas de déséquilibre par trop flagrant entre les deux parties. C'est ce déséquilibre en effet qui nous valut dans le passé des contrats léonins, notamment en matière sécuritaire. Et c'est lui-même qui pèsera inexorablement sur les tractations à venir aussi longtemps que continuera d'être caressé à Damas le mythe historique d'une Grande Syrie.
Alors, trésors de pragmatisme ou prodiges de dissimulation ? La question se pose plus particulièrement à propos des violences faites au Liban. En attendant que s'exprime la justice internationale, est ainsi occulté d'un commun accord l'épineux dossier des attentats contre des chefs et leaders d'opinion libanais. Et carrément classées, dirait-on, sont les atteintes longtemps portées à l'indépendance du Liban, à l'intégrité de son sol et de ses populations, à ses traditions démocratiques. Qui donc s'enquiert encore du sort des centaines de Libanais déportés en Syrie et qui, aux dires de Damas, n'ont jamais existé ? Et puis de quelle espèce de coordination sécuritaire et antiterroriste discute-ton en ce moment alors que les groupes armés d'obédience syrienne campent toujours à notre frontière orientale ?
Toute personne de bonne foi ne peut qu'appeler de ses vœux des relations excellentes avec le voisin syrien. Ce n'est pas toutefois en niant les aberrations du passé mais en les considérant, au contraire, que l'on a quelque chance d'y remédier.
Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb


Israël Katz assure que l’armée israélienne « conservera sa liberté d’action militaire » au Liban malgré la nouvelle trêve