Rechercher
Rechercher

La faim et les moyens

Les Hellènes en révolte contre un plan d'austérité particulièrement sévère, les casseurs écumant les rues d'Athènes et de Salonique, la tragédie grecque risque-t-elle de se jouer un jour sur ce théâtre de toutes les crises qu'est le Liban ?

Bien qu'hypothétique, cette éventualité vaut certes d'être méditée. Car voilà bien deux paradis de mer, de soleil et de montagnes brutalement rattrapés dans leur belle insouciance méditerranéenne par l'implacable verdict des chiffres : en l'occurrence des dettes publiques astronomiques qui viennent les acculer à choisir entre la faillite totale et l'assistance - pour ne pas dire la charité -  internationale. Étant entendu qu'avant même que d'escompter l'aide du Ciel, ces pays sont tenus de commencer par s'aider eux-mêmes en se soumettant aux mesures d'assainissement imposées par leurs bienfaiteurs.

Contraignant à l'extrême, il est vrai, est le cahier des charges assigné à la Grèce et qui, en échange d'une assistance record de 110 milliards d'euros étalée sur trois ans, prévoit notamment une TVA propulsée à des altitudes sidérales ainsi que des coupes sombres dans les indemnités de fin de service et les pensions de retraite. Il n'en fallait pas tant pour que la foule de manifestants déverse sa colère sur le gouvernement et le Parlement, qualifiés de ramassis de voleurs.

Tant de rigueur s'explique en revanche, de la part de l'Union européenne comme du Fonds monétaire international. La contamination menace en effet, et pas seulement les économies vacillantes de la périphérie du Vieux Continent ; les places boursières sont en émoi, la monnaie unique plonge, et les États de la zone euro s'astreignent eux-mêmes à de substantielles restrictions budgétaires. C'est dire la complexité du dilemme auquel sont confrontées les locomotives européennes, tenues en effet de sauver leurs partenaires défaillants mais de veiller aussi à leur propre immunité. Une saisissante illustration en est la valse-hésitation d'une Allemagne promue premier contributeur du plan de sauvetage de la Grèce, une Allemagne longtemps réticente néanmoins à desserrer les cordons de la bourse et qui a fini par céder hier, avec le feu vert voté par le Bundestag en dépit d'une nette hostilité populaire : cela à 48 heures seulement d'élections qui pourraient s'avérer fatales pour la coalition gouvernementale d'Angela Merkel...

Qui donc se décarcasserait de la sorte, prendrait autant de risques pour un Liban soudain en détresse ? Notre pays a déjà eu droit, dans un passé récent, à un bel élan de solidarité internationale. Réunies sous la diligente houlette d'un Jacques Chirac, les conférences de Paris I, II et III n'ont pas lésiné sur les prêts et donations. Étaient exigées en contrepartie des réformes structurelles bien moins drastiques que celles accablant aujourd'hui l'infortunée Grèce. Tout à nos querelles internes pourtant, nous avons traîné la patte : querelles politiques, ce qui était inévitable mais aussi, pour notre honte, querelles de vils intérêts autour du juteux gâteau des privatisations.

Tous des voleurs, diraient les Grecs. Les Libanais n'en penseraient pas moins. Mais ils ne descendraient pas dans la rue pour si peu, eux qui depuis un tiers de siècle se sont résignés à toutes les avanies. Et qui en sont à se passer des prestations étatiques (électricité et eau courante, entre autres) pour se rabattre sur les dépanneurs de quartier. Pas la mer à boire en somme, même pas de quoi bricoler un cocktail Molotov.

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
Les Hellènes en révolte contre un plan d'austérité particulièrement sévère, les casseurs écumant les rues d'Athènes et de Salonique, la tragédie grecque risque-t-elle de se jouer un jour sur ce théâtre de toutes les crises qu'est le Liban ?Bien qu'hypothétique, cette éventualité vaut certes d'être méditée. Car voilà bien deux paradis de mer, de soleil et de montagnes brutalement rattrapés dans leur belle insouciance méditerranéenne par l'implacable verdict des chiffres : en l'occurrence des dettes publiques astronomiques qui viennent les acculer à choisir entre la faillite totale et l'assistance - pour ne pas dire la charité -  internationale. Étant...