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(Re)cours d’histoire

Vous ne pourrez plus jamais prétendre désormais que vous ne saviez pas : l'ennemi sioniste convoite notre terre et nos eaux, et ces diaboliques visées remontent même, tenez-vous bien, à la période qui a précédé la création de l'État d'Israël en 1948 ! C'est le président de l'Assemblée qui s'est chargé de nous déniaiser en le révélant, dans le savant exposé d'une heure et demie qu'il a fait jeudi devant le comité du dialogue national. Évidemment, cela s'appelle inventer la poudre, ou encore enfoncer des portes ouvertes ; il reste que sur ce point précis du moins, Nabih Berry ne risquait pas d'être contredit.

Il n'en va guère de même pour les autres points de ce document qui déclare intouchable l'arsenal du Hezbollah, et sur lequel se sont évidemment pâmés ses alliés du 8 Mars, le qualifiant de hautement historique. Toujours est-il que pour étayer son ukase, le chef du législatif part de l'idée que c'est l'occupation qui a engendré la résistance. Or voilà qui est fort contestable, quand on se souvient que le cycle des invasions et des occupations n'a commencé, historiquement parlant, qu'avec l'implantation des fedayine palestiniens sur le sol libanais : ce qui, d'ailleurs, devait conduire plus tard, bien trop tard hélas, à la dénonciation par le Liban - tout le Liban - des funestes accords du Caire qui accordaient la liberté d'action à la guérilla. Que le Hezbollah, en dépit de ses obédiences iraniennes, ne soit pas palestinien mais libanais ne change rien à cette véritable histoire de la poule et de l'œuf que conte en définitive le bon président Berry. Que ce parti ait, de surcroît, usé et abusé de son formidable potentiel militaire pour imposer sa volonté politique au reste du pays ne rend que plus oiseuse cette argumentation.

Il est désormais interdit de parler des armes, sinon on ne joue plus : cet ultimatum, c'est un des congressistes du comité formé par le président de la République qui le lançait crûment lors de la session de jeudi. Tant d'insolente sincérité était superflue, en vérité, pour rappeler à quel point ce prétendu dialogue n'en est pas un : pas plus d'ailleurs que n'est véritablement, exclusivement, nationale cette fameuse stratégie de défense figurant au centre du fantomatique débat.

En effet, et on ne s'est pas gêné pour nous le signifier, la libération du lopin de Chebaa n'est plus seule à justifier la poursuite de la résistance ; de pays de soutien qu'il fut traditionnellement, c'est au rang de fer de lance de la confrontation que doit se hisser le Liban. Dès lors, il faut ouvrir un front de diversion au Liban-Sud, au cas où serait agressée la Syrie, qu'Israël accuse en ce moment de livrer des missiles SCUD au Hezbollah. Et il faut prêter main forte à l'Iran s'il est attaqué lui aussi, sachant pourtant que ni la Syrie ni l'Iran n'ont jamais levé le petit doigt pour défendre militairement le Liban face à la furie israélienne.

La revue de cette fantasmagorique séance de dialogue serait incomplète sans mention d'un autre document, distribué celui-là par le chef des Marada. Celui-ci y dit son indignation de voir certains Libanais accoler, dans le même et équivoque terme de voisins, l'ennemi israélien et une Syrie dont tout le monde connaît la tendresse absolument désintéressée qu'elle voue à notre pays.

Nabih Berry a trouvé le truc : plus d'un gagnerait visiblement à potasser ses livres d'histoire...

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
Vous ne pourrez plus jamais prétendre désormais que vous ne saviez pas : l'ennemi sioniste convoite notre terre et nos eaux, et ces diaboliques visées remontent même, tenez-vous bien, à la période qui a précédé la création de l'État d'Israël en 1948 ! C'est le président de l'Assemblée qui s'est chargé de nous déniaiser en le révélant, dans le savant exposé d'une heure et demie qu'il a fait jeudi devant le comité du dialogue national. Évidemment, cela s'appelle inventer la poudre, ou encore enfoncer des portes ouvertes ; il reste que sur ce point précis du moins, Nabih Berry ne risquait pas d'être contredit.Il n'en va guère de même pour les autres points de...