Tant de bonnes dispositions ne sont guère fortuites cependant. C'est en effet quand vient d'être évité le pire que l'on s'accommode du passable. Le pire, c'est le scénario de fin du monde que prédisaient ces bonnes âmes chargées de conditionner l'opinion publique, de chauffer la salle, dans l'attente de l'oracle télévisé : scénario se résumant en une promesse de réédition, en plus musclé, du coup de force du 7 mai 2008, si seulement la justice internationale s'avisait de mettre en accusation le parti de Dieu. Surprise, c'est un Hassan Nasrallah tranquille et serein, se voulant rassurant, qui est apparu mercredi soir sur le petit écran. Mais le fond du message est-il réellement différent pour autant ?
Le chef de la résistance chiite n'a eu aucun mal à admettre que des membres ou des proches de son organisation avaient été entendus - à titre de témoins, a-t-il tenu à préciser - par les enquêteurs internationaux. S'il a fait part de la détermination du Hezbollah à coopérer avec le tribunal spécial, il y a posé toutefois des conditions, et non des moindres. Car c'est cette instance, et plus précisément le cabinet du procureur Bellemare, de même que l'équipe d'investigateurs, qu'il rend clairement responsable des fuites malveillantes, relayées selon lui par des responsables politiques et sécuritaires ainsi que par des médias, qui impliquaient mensongèrement le parti dans l'affaire de l'assassinat de Rafic Hariri. Non content de sommer tout ce monde-là de s'amender, il exige que l'enquête se concentre sur d'autres pistes que la syrienne.
Le procédé n'est certes pas nouveau, qui consiste à politiser soi-même, à outrance, l'action de la justice internationale, tout en se disant victime d'une infâme politisation. Mais il vient d'atteindre un palier des plus alarmants, avec l'intrusion, dans le débat national tournant autour du tribunal, du facteur de la sécurité publique, et plus exactement du chantage à la sécurité. Car sans avoir l'air d'y toucher, c'est à ces catastrophes annoncées qu'a bel et bien fait allusion Hassan Nasrallah, quand il a mis en garde contre les graves conséquences qu'aurait, pour le pays, la poursuite du complot.
En définitive, on saura gré au leader druze Walid Joumblatt, tout juste rentré de Damas où il s'est réconcilié avec le président Bachar el-Assad, d'avoir explicité, à l'usage du simple citoyen, les termes de l'étrange équation que d'aucuns s'évertuent à mettre en place. Authentique ingénuité ou cynique réalisme ? Il vous suffit de savoir que si d'aventure quelque initiative du tribunal venait à menacer la stabilité du pays, il faudrait tous ensemble œuvrer à un équilibre entre ladite stabilité et la justice. Autrement dit à un compromis.
Les vérités pas toujours bonnes à dire, on connaissait déjà. On a inventé bien plus précis, depuis ...
Issa GORAIEB
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