Ce n'est pas de sitôt que du sang neuf ira s'exprimer dans les urnes et irriguer un système politique libanais passablement desséché. C'est bien dommage et même injuste, on en conviendra, pour cette jeunesse libanaise constituant périodiquement la plus inflammable, la plus disponible des chairs à canon, et que l'on continue de priver pourtant du plus élémentaire des droits civils.
Là s'arrêtent net, cependant, les regrets. Car n'en déplaise à ceux que l'on voit aujourd'hui se répandre en larmes de crocodile, ce n'est pas une opportunité historique de rénovation et de progrès qu'a manquée l'Assemblée en repoussant lundi un projet d'abaissement de la majorité électorale. Ce qui a capoté lundi à l'Étoile était, bien au contraire, une tentative aussi déloyale que vaine de redessiner, sous couvert de modernisation, une mosaïque communautaire qui, comme tout le monde sait mais que d'aucuns feignent d'oublier, est la raison d'être du Liban. De changer carrément la face (passablement ridée, il est vrai, mais tellement familière) de la vieille dame, sous prétexte de la lifter.
Ces charcutiers, on les voyait déjà venir avec leurs gros sabots, lors de leur récente tentative de mise sur rails du processus de déconfessionnalisation politique, alors que la conjoncture interne et régionale n'a jamais été plus inopportune. Or c'est de la même et fort transparente approche que procédait le projet de loi mort-né sur l'abaissement de la majorité électorale. Adoptée en article unique, une telle innovation eut massivement favorisé les musulmans du pays, avantage que seul l'octroi du droit de vote aux expatriés pouvait permettre de relativiser, sinon de compenser. C'est dans ce doublé, auquel se sont obstinément refusés les auteurs du projet, que résidait l'occasion manquée, la vraie.
De cet acharnement dans l'erreur, les dégâts sont apparus le jour même, où l'on a vu en effet les réflexes communautaires balayer les classiques alliances et occulter, l'espace d'une séance parlementaire, les vieilles inimitiés. C'est ainsi la même abstention qui a réuni chrétiens chiites et chrétiens sunnites, autrement dit les députés membres des deux rassemblements rivaux du 8 et du 14 Mars. Alors que le bloc du druze Walid Joumblatt offrait un rare exemple de diversité de vote, c'est la même opposition au projet que manifestait un Courant du futur dont le leader, Saad Hariri, joue résolument la conciliation interconfessionnelle. En témoignent sa proposition, adoptée par le Conseil des ministres, de faire de l'Annonciation une fête islamo-chrétienne, de même que son engagement, formulé au cours d'une audience papale, quant à la pérennité du principe de la parité au sein de l'État libanais.
De tout cela se dégage le préoccupant sentiment que c'est la communauté chiite libanaise qui, du fait de ceux qui en contrôlent les destinées, se retrouve faisant cavalier seul une fois de plus. Autant en effet le projet défendu par le président de l'Assemblée Nabih Berry et ses alliés portait en lui les germes d'une majorité du nombre, autant les frénésies guerrières du Hezbollah, ouvertement attisées par l'Iran, sont la négation même de ce dialogue national censé débattre des points de discorde entre Libanais et qui continue désespérément de baigner dans les limbes.
Il n'y a pas que l'âge électoral, hélas. Et il serait grand temps pour un pays se targuant de six mille ans d'histoire d'accéder enfin à l'âge de raison.
Issa GORAIEB
Là s'arrêtent net, cependant, les regrets. Car n'en déplaise à ceux que l'on voit aujourd'hui se répandre en larmes de crocodile, ce n'est pas une opportunité historique de rénovation et de progrès qu'a manquée l'Assemblée en repoussant lundi un projet d'abaissement de la majorité électorale. Ce qui a...


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