N'était Nabih Berry, elle serait bien morne, cette république. Non point bien sûr qu'il ne s'y passe jamais rien, bien au contraire. Ce n'est pas de flambées de violence ou d'algarades entre chefs politiques qu'il y a pénurie toutefois, mais d'idées, d'initiatives, de grands desseins. Et ce vide sidéral, c'est le président de l'Assemblée qui, périodiquement, se fait fort de le combler par une de ces conférences de presse annoncées à grand fracas des semaines à l'avance et savamment mises en scène, comme il sied à un événement de portée nationale.
Le problème, c'est que le président Berry n'a pas toujours la main heureuse. À persister à remuer du vent, c'est une sacrée tempête qu'il a initiée mercredi en retirant des tiroirs de l'accord de Taëf, pour le lancer sur la place publique, le dossier hautement épineux - et passablement empoussiéré - de la déconfessionnalisation. On ne soupçonnera certes pas l'astucieux chef du Législatif d'avoir cru un seul moment que sa proposition allait être saluée de toutes parts. Ou mieux encore, d'être réellement convaincu qu'il ne fait là que chercher à mettre en application un article de la Constitution. Ou, de mieux en mieux, que les temps sont propices à un débat aussi complexe, aussi chargé d'arrière-pensées.
Les temps, parlons-en précisément. Vingt bonnes années après Taëf, jamais les tensions sectaires n'ont été plus exacerbées qu'aujourd'hui. Comme si la classique rivalité islamo-chrétienne n'était pas encore assez, sunnites et chiites libanais n'ont guère échappé aux secousses, souvent sanglantes, générées par la grande faille qui parcourt, de bout en bout, le monde arabo-musulman. Comme cela se passait il y a des siècles sous l'Empire ottoman, ces communautés bénéficient notoirement chacune de la protection d'une puissance. Et pour compléter le sombre tableau, les chrétiens ont été pratiquement éliminés d'Irak, et non contentes de traiter en citoyens de seconde zone les Égyptiens de souche que sont les coptes, voici que les autorités du Caire observent avec une coupable mollesse les agressions répétées contre ces derniers.
Les temps, parlons-en encore. Le président Berry connaît bien, une à une, toutes les pommes de discorde qui se sont accumulées, ces dernières années, dans l'éden libanais, et dont le spécimen le plus consistant est l'arsenal du Hezbollah et sa prétention à décider de la paix ou de la guerre. S'il ajoute soudain un de ces fruits venimeux à la collection, c'est apparemment pour tenter d'instituer une sorte de parité (on discute des deux ou alors on oublie les deux) entre la déconfessionnalisation et un armement irrégulier dont la vocation véritable ressemble fort à une conquête systématique du pouvoir.
Chasser le confessionnalisme des esprits avant que des textes, ne cesse de répéter le patriarche Sfeir, chef d'une communauté maronite sans laquelle il n'eut jamais été besoin d'un Liban indépendant. Et même pour un maronite aussi ouvert que l'ancien ministre Michel Eddé, seule la consécration définitive du partage communautaire est à même de préserver la coexistence dans notre pays.
Mal nécessaire, en somme, qu'un tel système. Or c'est bien quand on n'a cessé de remonter l'histoire au lieu de progresser et que les apprentis médecins ont fait faillite qu'on recommence par le commencement. Qu'on dissipe une fois pour toutes les frayeurs ancestrales. Qu'on combat le mal par le mal.
Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
Le problème, c'est que le président Berry n'a pas toujours la main heureuse. À persister à remuer du vent, c'est une...


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