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Équivoques chaleurs

Arraché au monde des affaires, brutalement projeté dans l'action politique par suite de l'assassinat de son père, Saad Hariri n'a pas fini de faire ses classes dans cette jungle impitoyable qu'est la scène publique libanaise. S'il a encore beaucoup à apprendre sans doute dans l'art de la manœuvre, le jeune Premier ministre maîtrise bien, en revanche, ses dossiers, et il en a donné un bel exemple à la conférence internationale de Copenhague sur le réchauffement de la planète.

Diablement angoissant, quoi qu'il en soit, est le tableau du Liban de la fin de ce siècle qu'a brossé Hariri, tout en affirmant que l'État est conscient de l'énormité des enjeux et qu'il est résolu à recourir de plus en plus aux énergies recyclables : une température moyenne en hausse de plusieurs degrés, ce qui, pour commencer, promet à nos descendants de sérieuses canicules ; beaucoup trop d'eau dans la mer, ce qui menacerait à la longue de faire de Byblos une nouvelle Atlantide ; et pas assez d'eau pour abreuver aussi bien les gens que la terre desséchée. On ne trouvera guère de consolation à l'idée que trois milliards d'Asiatiques, près de la moitié de la population mondiale, risquent de connaître un jour les affres de la soif, si les glaciers de l'Himalaya et du Plateau tibétain, alimentant le plus formidable réseau fluvial de la planète, continuent de fondre au rythme actuel.

Et puisqu'il est question du réchauffement et de ses risques, celui qui depuis peu est venu marquer les relations libano-syriennes est le bienvenu certes... pourvu seulement que prévalent des deux côtés la bonne foi et la volonté sincère de ne pas retomber dans les
erreurs du passé. On imagine sans mal toutes les couleuvres qu'a dû avaler Saad Hariri (et avec lui bon nombre de Libanais) pour aller serrer à Damas les mêmes mains accusées hier encore d'avoir assassiné son père. Et on reste coi devant les gesticulations judiciaires d'une Syrie notoirement pointée du doigt par les enquêteurs de l'ONU et qui, à l'approche de cette visite historique, trouve cependant moyen de délivrer des commissions rogatoires visant des personnalités libanaises proches du chef du gouvernement.

On considérera avec la même prudence le récent adoucissement des mœurs politiques observé au Liban. Diatribes, injures et menaces ont disparu comme par enchantement du jargon public et, de toutes parts, ce ne sont que serments de franche et honnête coopération au sein du nouveau gouvernement d'unité nationale. Mais rien ne semble avoir vraiment changé dans la perception de la notion d'État et des obligations de celui-ci envers les citoyens. Les flots de dioxyde de carbone déversés sur les routes, les tonnes de détritus allant à la mer, tout cela n'est que broutille face au découpage de l'espace étatique en autant de territoires et chasses gardées, à la pollution des esprits, aux vieux réflexes claniques et communautaires, aux obédiences à l'étranger. C'est comme si le brasier de la guerre, loin de consumer une fois pour toutes les barrières, n'avait servi qu'à les bétonner.

Terriblement réels certes sont les risques du dérèglement climatique. Non moins catastrophique toutefois pour le Liban de ce XXIe siècle serait un retour à sa préhistoire, à sa période de glaciation.

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
Arraché au monde des affaires, brutalement projeté dans l'action politique par suite de l'assassinat de son père, Saad Hariri n'a pas fini de faire ses classes dans cette jungle impitoyable qu'est la scène publique libanaise. S'il a encore beaucoup à apprendre sans doute dans l'art de la manœuvre, le jeune Premier ministre maîtrise bien, en revanche, ses dossiers, et il en a donné un bel exemple à la conférence internationale de Copenhague sur le réchauffement de la planète.Diablement angoissant, quoi qu'il en soit, est le tableau du Liban de la fin de ce siècle qu'a brossé Hariri, tout en affirmant que l'État est conscient de l'énormité des enjeux et qu'il est résolu à recourir de plus en plus aux...