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B. a.-ba

Quelle idée certains, et non des moindres, se font-ils de l'État ? Et plus précisément de l'État de droit ?
Dans ce pays de toutes les dérives, on croyait avoir tout vu, tout entendu en la matière. Mais en réalité, on n'a jamais fini d'innover. Et c'est, cette fois, un ancien patron de la Sûreté générale, organisme qui n'est pas exactement une congrégation d'enfants de chœur, qui nous édifie sur la question. Détenu quatre années durant en même temps que trois autres officiers supérieurs dans le cadre de l'enquête sur l'assassinat de Rafic Hariri, récemment remis en liberté mais non encore définitivement blanchi pour autant, le général Jamil el-Sayyed a naturellement beaucoup de choses à dire. Et il ne s'en est certes pas privé, lors de sa conférence de presse de dimanche dernier.

Il reste qu'à tirer dans toutes les directions, on risque de finir par se loger soi-même une balle dans le pied, comme disent les anglo-saxons. Passe en effet que le général clame son innocence et se dise victime d'une sombre machination. Passe encore qu'il fustige l'appareil judiciaire libanais lequel, selon lui, se serait prêté à cette forfaiture. On peut même comprendre à la rigueur que, dans sa rageuse quête de revanche, il s'en prenne nommément à des juges haut placés : ce qui, malgré les protections miliciennes dont il jouit à l'évidence, le rend tout de même passible de poursuites, malgré la réaction étrangement mesurée du Conseil supérieur de la magistrature.

Là où le général Sayyed n'a aucune chance d'émouvoir toutefois, et encore moins de convaincre, c'est lorsqu'il prône cette même primauté de la loi qu'il a longtemps ignorée lui-même dans l'exercice de ses angéliques fonctions, c'est quand il en appelle à un appareil judiciaire qu'il flétrit copieusement par ailleurs. Mieux encore, c'est quand croyant confondre l'ennemi - tel ce juge à la réputation de neige qu'il accuse d'avoir accepté des bons d'essence à charge de rendre certain verdict -, ce sont, tout compte fait, ses propres agissements passés qu'il étale bien imprudemment sur la place publique. Car à supposer même que de tels cadeaux aient circulé, Sayyed est on ne peut mieux placé pour savoir qui précisément les a mis en circulation. Qui, durant l'ère de la tutelle syrienne, s'est chargé d'intimider ou alors de séduire des juges, de monter de toutes pièces des procès politiques, de procéder à des centaines d'arrestations sans mandat légal. Dénoncer la corruption est bien l'affaire de tous. Sauf des corrupteurs, manipulateurs et autres virtuoses de la cryptopolitique.

Une autre bizarrerie, en fait de concept d'État, est cette insistance de Nabih Berry à ne concevoir de salut pour le pays que dans la foulée d'une réconciliation entre Syriens et Saoudiens : c'est là sa fameuse théorie des deux S, qu'il a reprise dans son dernier discours. La formule se veut réaliste, elle est surtout consternante de maladresse : surtout quand elle émane d'un président d'Assemblée qui, même s'il n'a pas toujours su assumer les responsabilités qui lui étaient confiées, continue néanmoins, qu'on s'en félicite ou non, d'incarner la volonté populaire, telle que traduite par les suffrages des citoyens. Car c'est défier cette volonté populaire éprise d'indépendance et de souveraineté, et pas encore émergée tout à fait de la longue nuit syrienne, que d'appeler de ses vœux un double parrainage étranger.

Il faudra qu'on nous explique par quel prodige la démocratie libanaise ne saurait fleurir qu'à l'ombre d'une telle conjonction d'intérêts entre une dictature de caste et une théocratie médiévale. Et puis n'est-il pas utopique de ne retenir que ces deux S dans la foule des ingérences étrangères qui accablent notre pays ?
Allons, voyez grand Monsieur Berry, toutes les lettres de l'alphabet n'y suffiraient sans doute pas !

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
Quelle idée certains, et non des moindres, se font-ils de l'État ? Et plus précisément de l'État de droit ? Dans ce pays de toutes les dérives, on croyait avoir tout vu, tout entendu en la matière. Mais en réalité, on n'a jamais fini d'innover. Et c'est, cette fois, un ancien patron de la Sûreté générale, organisme qui n'est pas exactement une congrégation d'enfants de chœur, qui nous édifie sur la question. Détenu quatre années durant en même temps que trois autres officiers supérieurs dans le cadre de l'enquête sur l'assassinat de Rafic Hariri, récemment remis en liberté mais non encore définitivement blanchi pour autant, le général Jamil el-Sayyed a...