Rechercher
Rechercher

Ministère d’usure

La conjoncture au lendemain de la victoire électorale du 14 Mars était-elle vraiment assez propice à un ministère Saad Hariri ? N'était-il pas plus indiqué, en attendant des jours plus sereins, de mettre en lice quelque vieux routier du Courant du futur, mieux prémuni contre les risques de démythification, de banalisation, qu'encourt fatalement tout symbole ?

Se poser la question n'est pas méconnaître, certes, les qualités et mérites du fils et successeur de l'ancien chef de gouvernement dont l'assassinat en 2005 suscita la révolution du Cèdre, par ailleurs chef du groupe le plus important de l'Assemblée. C'est seulement constater la perversité du piège à multiples niveaux dans lequel paraît s'être laissé enfermer l'intéressé en prenant pour argent comptant les mielleuses promesses de coopération dont l'avait gratifié, au moment de sa désignation, l'opposition soutenue par Damas.

Car il n'a jamais été question, en réalité, de faciliter la tâche à Saad Hariri, mais seulement de neutraliser, sous prétexte d'impératif de démocratie consensuelle, et à force d'exigences et de conditions rédhibitoires - de tiers d'obstruction en gendre de blocage -, le résultat des législatives de juin dernier. Hariri fils au Sérail ? À la bonne heure, mais un Hariri macérant dans son jus, s'échinant des semaines durant à former une équipe dont tout porte à croire qu'elle sera percluse de naissance ; un Hariri que l'on accuse de bouder quand il va retrouver pour quelques jours sa famille en Sardaigne ; un Hariri réduit, tout pilier du camp souverainiste qu'il soit, à s'en aller demander aide et conseil à ses alliés saoudiens ; un Hariri tenu enfin, de par sa charge officielle, de prendre le chemin de Damas sans attendre les résultats de l'enquête internationale sur les crimes commis contre le Liban.

Or s'il est vrai qu'un gouvernement Hariri ne saurait être que le fruit du rapprochement intervenu récemment entre l'Arabie saoudite et la Syrie, les enchères n'ont pas fini de monter entre ces deux gestionnaires de la crise libanaise. L'actuel regain de tension sectaire à Tripoli, lequel vient s'ajouter à la pression milicienne permanente qu'est l'arsenal du Hezbollah, en est un signe éloquent. Et la Syrie ne cesse de démontrer à quel point elle maîtrise l'art de reprendre d'une main ce qu'elle avait donné de l'autre. Oubliées, en effet, les bonnes dispositions quant à la délimitation de la frontière avec le Liban. Des relations diplomatiques avec le Liban ont été établies, c'est vrai, mais l'ambassadeur de Syrie joue les Arlésiennes, et c'est un Wi'am Wahhab qui se charge de claironner ses souhaits.

Sur un registre plus bizarre se situe cet éditorial de l'officieux al-Baas déniant à Saad Hariri, tout comme l'avait fait peu auparavant le général Michel Aoun, son titre de Premier ministre désigné, pour ne lui concéder que celui de député désigné, jusqu'à ce jour inconnu au bataillon. Résigné aurait encore mieux répondu sans doute aux vœux syriens. Al-Baas trouve moyen de s'en prendre par ailleurs à ceux, dont le patriarche maronite Nasrallah Sfeir, qui s'étonnent qu'une majorité ne soit pas admise à gouverner. Des proses comme celle-là, on est tout disposé à les avaler sans discussion, mais seulement le jour où les opposants syriens se verront prier de bien vouloir accepter un portefeuille ministériel.

 

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

La conjoncture au lendemain de la victoire électorale du 14 Mars était-elle vraiment assez propice à un ministère Saad Hariri ? N'était-il pas plus indiqué, en attendant des jours plus sereins, de mettre en lice quelque vieux routier du Courant du futur, mieux prémuni contre les risques de démythification, de banalisation, qu'encourt fatalement tout symbole ?Se poser la question n'est pas méconnaître, certes, les qualités et mérites du fils et successeur de l'ancien chef de gouvernement dont l'assassinat en 2005 suscita la révolution du Cèdre, par ailleurs chef du groupe le plus important de l'Assemblée. C'est seulement constater la perversité du piège à multiples niveaux dans lequel paraît...