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Précieuses béquilles

Le Liban est certes un magnifique pays : en témoignent, cet été, les deux millions de vacanciers qui se bousculent (et vous bousculent !) sur nos routes congestionnées, nos plages et nos montagnes. Mais en dépit de toute cette apparente vitalité, le Liban est aussi hélas un pays perclus. Blessé de guerre(s), affligé de surcroît de vieilles et tenaces fractures internes, fait illustré par les soubresauts de l'actualité, c'est en réalité une mauvaise santé de fer qu'il affiche gaillardement.

 

Extrêmement vulnérable aux manipulations extérieures, c'est à l'ombre de l'ordre international qu'en toute logique le Liban devrait pouvoir trouver quelque chance de stabilité. Comme on pouvait s'y attendre, c'est sur ce même terrain que ses efforts sont sans cesse contrecarrés. Force intérimaire à la frontière sud et tribunal spécial : en l'absence de véritable unité nationale, c'est sur ces deux béquilles onusiennes que s'appuie notre pays ; c'est sur elles aussi que s'accordent à s'acharner les forces régionales pourtant les plus contradictoires.


Depuis qu'elle a été votée au lendemain de la guerre de 2006, c'est de toutes parts en effet qu'est violée la résolution 1701 des Nations unies et avec elle, d'ailleurs, d'autres textes ayant trait au Liban. L'ennemi israélien se livre quotidiennement à des incursions aériennes, navales ou terrestres et même à des grignotages de territoire. Et c'est le plus ouvertement du monde que le Hezbollah a reconstitué, en plus formidable encore, son stock de missiles et qu'il a repris pied au sud du fleuve Litani, comme vient de le révéler l'explosion accidentelle, samedi dernier, d'un entrepôt d'armements et de munitions dans la localité de Kherbet Selm au Liban-Sud. Tout ce matériel de provenance iranienne n'a pu que transiter par la Syrie, en dépit des injonctions expresses et répétées de l'ONU à ce pays.


Plus grave encore cependant que toutes ces violations est cette campagne visant soudain une Finul accusée tout à la fois par Israël de faillir à sa mission de surveillance, et par le Hezbollah de trop en faire. À ce propos, il est difficile de croire au caractère authentique et spontané de cette colère villageoise qui s'est abattue sur les soldats du contingent français, faisant plusieurs blessés dans leurs rangs, alors qu'ils opéraient des perquisitions sur les lieux de l'explosion. Pourquoi en effet prendre ombrage de telles recherches si l'on n'a vraiment rien à cacher ? Pourquoi surtout attaquer à l'aide de gourdins et de pierres des militaires venus seulement, des coins les plus divers de la planète, pour mettre la population civile à l'abri des violences, des agressions, des aventures guerrières ?


Dans cette ambiance de triche générale, seul l'État libanais paraît tenu de jouer franc jeu, de remplir scrupuleusement sa part du contrat. Il faut souhaiter vivement que tel est bien le cas, que le souci d'éviter toute confrontation avec la milice ne l'expose pas effectivement aux accusations de collusion lancées par Israël : principal bénéficiaire - sinon le seul - de l'ombrelle onusienne, c'est le Liban en effet qui aurait le plus à perdre s'il se dérobait à ses obligations de vigilance découlant de la résolution 1701.


Non moins essentiel et vital, au demeurant, est l'attachement absolu au Tribunal spécial pour le Liban. Que ce projet ait été, dès le départ, férocement combattu du dehors comme du dedans du pays, que l'on ait été jusqu'à se prévaloir d'un aberrant tiers de blocage pour paralyser l'action gouvernementale ne rend cette nécessité que plus impérieuse. Que l'on s'obstine à entraver la formation du nouveau cabinet en attendant la nature des progrès de l'enquête ne devrait pas non plus surprendre.


Tant de diligence et de persévérance dans l'obstruction en dit long : à croire que ces deux béquilles, c'est tout compte fait des massues.

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

Le Liban est certes un magnifique pays : en témoignent, cet été, les deux millions de vacanciers qui se bousculent (et vous bousculent !) sur nos routes congestionnées, nos plages et nos montagnes. Mais en dépit de toute cette apparente vitalité, le Liban est aussi hélas un pays perclus. Blessé de guerre(s), affligé de surcroît de vieilles et tenaces fractures internes, fait illustré par les soubresauts de l'actualité, c'est en réalité une mauvaise santé de fer qu'il affiche gaillardement.
 
Extrêmement vulnérable aux manipulations extérieures, c'est à l'ombre de l'ordre international qu'en toute logique le Liban devrait pouvoir trouver quelque chance de stabilité. Comme on pouvait s'y...