On ne demande qu'à croire le Hezbollah quand il se défend d'avoir cherché à déstabiliser le régime égyptien, comme l'en accusent depuis la semaine dernière, avec autant de véhémence que d'insistance, les autorités du Caire.
On veut croire que ce parti, qui s'est arrogé sans complexe le parrainage exclusif du Créateur Lui-même et qui tire gloire de sa filiation avec la théocratie iranienne, n'a pas cherché à faire du prosélytisme chiite ou à répandre la pensée des mollahs dans un pays à population aussi massivement sunnite que l'Égypte.
On voudrait croire que le Hezbollah, dont le chef, pas plus tard qu'en janvier dernier, appelait cette même population à descendre dans la rue, de même que les militaires égyptiens à se rebeller contre les ordres de leur commandement, est en réalité sincèrement et profondément respectueux de la souveraineté égyptienne. Et enfin que loin de toute activité terroriste ou d'espionnage, il n'a fait que se livrer à cette noble mission logistique qui consistait à acheminer des armements aux Palestiniens à travers la frontière de Gaza.
Oui, tout cela, on veut bien le croire, du moment que Hassan Nasrallah et ses lieutenants l'ont publiquement assuré, la main sur le cœur. Pour doux que soient de tels aveux (ou demi-aveux ?), ce n'est tout de même pas là une mince affaire. Car en somme, le Hezbollah reconnaît bel et bien s'être livré à des activités illégales dans un État étranger, sans évidemment s'arrêter un instant au fait que cet État est tenu à des engagements internationaux, qu'il se soucie en priorité de la sécurité de son propre peuple, et donc qu'il ne saurait en aucun cas se laisser forcer la main de si cavalière manière. À ce propos, que l'on imagine un moment l'embarras dans lequel se trouverait plongé le pays si l'Égypte, le plus important des pays arabes, un pays qui, ces dernières années, n'a pas ménagé son soutien au Liban, venait à exécuter sa menace de lancer un mandat d'arrêt contre le chef d'un parti jouissant d'un statut tout particulier et membre effectif du gouvernement d'union libanais !
Par ailleurs, et sans pour autant méconnaître la barbarie israélienne exercée contre Gaza et sa population, ce n'est pas aux Palestiniens, mais à des Palestiniens que le Hezbollah ouvre généreusement, depuis fort longtemps, ses arsenaux : c'est-à-dire à un Hamas soutenu, comme le Hezbollah, par l'Iran, œuvrant lui aussi au règne des hommes de religion, auteur comme le Hezbollah d'un coup de force armé contre le pouvoir légal. Il faut rappeler par ailleurs que le partenaire officiel du Liban dans le traitement du dossier des camps de réfugiés est l'Autorité palestinienne, et certes pas le Hamas. Mais surtout, la révélation au grand jour d'une coopération aussi étroite avec le Hamas expose de toute évidence le Liban (contre son gré, de surcroît) à des périls accrus : cela sans que l'on voie très bien en quoi cette connexion intégriste palestinienne peut contribuer à la libération des fermes de Chebaa, ou encore à la promotion d'une société libanaise plurielle.
Alors, que croire en définitive ? La virulence inouïe des accusations et attaques des autorités et de la presse égyptiennes contre le Hezbollah et son chef, de même que contre le manipulateur iranien, montre bien que la confrontation entre la République islamique et le camp des modérés arabes vient d'atteindre un nouveau et dangereux palier. Sans bien sûr préjuger du bien-fondé des preuves qu'affirme détenir Le Caire, reste le fait que si tous ces agissements ou presque paraissent plausibles aux yeux de nombreux Libanais et Arabes, c'est tout simplement parce que la technique a été déjà expérimentée, et amplement rodée, au Liban. Après tout, on ne prête qu'aux riches.
L'Égypte n'est pas un pays de carton-pâte où le Hezbollah peut dicter ses quatre volontés, s'écriait l'autre jour le ministre des AE Aboul Gheit. Il est vrai que ce n'était pas bien charitable pour nous. Mais quant au reste ...
Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
On veut croire que ce parti, qui s'est arrogé sans complexe le parrainage exclusif du Créateur Lui-même et qui tire gloire de sa filiation avec la théocratie iranienne, n'a pas cherché à faire du prosélytisme chiite ou à répandre la pensée des mollahs dans un pays à population aussi massivement sunnite que l'Égypte.
On voudrait croire que le Hezbollah, dont le chef, pas plus tard qu'en janvier dernier, appelait cette même population à...


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