La Société nationale d’électricité – Sénélec, qui est une société publique – a été la principale cible des manifestants. En cinq jours, dix des agences de la Sénélec ont été détruites à Dakar et ses banlieues, ainsi qu’à Keur Massar, Mbour et Thiès, villes situées à l’est de la capitale, a précisé un responsable de la société.
Jusqu’à tard dans la nuit, des habitants en colère, pour la plupart des jeunes, ont bloqué la circulation sur plusieurs axes routiers pendant plusieurs heures en érigeant des barricades. Les premiers rassemblements, dès lundi après-midi dans différents quartiers, avaient été dispersés par des forces de l’ordre, sporadiquement contraintes à des courses-poursuites dans les rues. « Maintenant, ça va. Mais dans la nuit, les enfants avaient allumé des feux partout » avec des pneus ou branchages, raconte Marie-Jeanne, mère de famille, à Pikine dans l’Est. Des vestiges de ces foyers étaient encore visibles sur plusieurs voies de la capitale hier. Des scènes d’émeutes similaires se sont produites lundi à Mbour, ville du littoral à environ 80 km au sud-est de Dakar, où les habitants ont affirmé être restés 48 heures sans électricité. Selon des journaux privés et des médias en ligne, des « émeutes des délestages » ont également eu lieu lundi à Thiès dans l’Ouest, Mbacké et Kaolack dans le centre.
Le Sénégal est en proie à des coupures régulières d’électricité depuis des mois, qui se sont aggravées ces dernières semaines, durant parfois deux jours d’affilée dans certaines zones. Ces délestages, qui touchent la plupart des villes, ont un impact négatif sur l’activité économique, en particulier pour les petits commerces, très nombreux au Sénégal. Dans un communiqué diffusé hier, la Sénélec explique faire « face depuis quelques jours à un déficit de production important qui entraîne de nombreux délestages », et présente ses excuses, se disant « consciente des nombreux désagréments occasionnés par la situation actuelle ». Déjà confrontée à des difficultés financières pour s’approvisionner en carburant et entretenir un matériel souvent vieux, elle précise avoir enregistré « des pannes sur plusieurs machines vétustes ».
Ces émeutes interviennent après des manifestations dans tout le pays, le 23 juin, provoquées par un projet du président Abdoulaye Wade visant à permettre, dès février 2012, l’élection simultanée d’un président et d’un vice-président avec un minimum de 25 % des voix au premier tour. À Dakar, alors que ce projet de loi controversé était discuté à l’Assemblée nationale, ces manifestations avaient tourné à l’émeute, faisant au total 102 blessés, dont 13 policiers selon la police.
Le président Wade, 85 ans, au pouvoir depuis 2000 et candidat à sa propre succession en 2012, avait finalement renoncé à faire voter le texte. Mais l’opposition et la société civile, y compris les célèbres chanteurs Youssou Ndour et Didier Awadi, exigent désormais qu’il ne soit pas candidat à sa propre succession. Hier le quotidien privé Walfadjri titrait : « Émeutes de l’électricité : le courant ne passe plus entre Wade et le peuple ».
(Source : AFP)


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