Ce chauffeur de poids lourd transporte du matériel de construction vers la Jordanie et doit inévitablement passer par la Syrie où, selon lui, il n'est plus le bienvenu.
"Quand je m'arrête pour acheter du mazout on me dit qu'il n'y en a plus, alors que je sais qu'il y en a. Il y a un mois, les gens nous accueillaient à bras ouverts, et maintenant ils nous considèrent comme des ennemis", témoigne le chauffeur.
Pour cet homme qui gagne sa vie sur les routes entre la Turquie et différents pays du Proche-Orient, l'attitude des autorités syriennes, mais également d'une partie de la population, a changé du tout au tout.
"On nous disait tout le temps: +Nous ne sommes qu'un seul peuple, Turcs et Syriens+. Maintenant, on ne nous adresse plus la parole, c'est extraordinaire", indique le routier.
Près de 12 000 Syriens ont fui en Turquie la répression du mouvement de contestation contre le régime du président Bachar el-Assad.
L'un des cinq camps qui accueillent ces réfugiés dans la province de Hatay se trouve à 10 km du poste frontière de Cilvegözü.
Le Croissant-Rouge syrien et le président syrien ont appelé les réfugiés à rentrer chez eux, sans résultat pour le moment.
Et depuis plusieurs semaines, de nombreux réfugiés et déplacés témoignent d'atrocités commises par les forces de sécurité de leur pays, de la frontière turco-syrienne, devenue un forum de la contestation du régime.
Des dissidents s'expriment de cette zone frontalière, et certains y ont appelé à la formation d'un "Conseil national" face au régime de Damas.
Dans ce contexte, l'accueil offert aux réfugiés par la Turquie, important allié commercial et politique de Damas avant la révolte syrienne, est mal vécu par les autorités syriennes, et aussi par ceux dans la population qui sont restés fidèles au régime.
"Les gens nous demandent pourquoi la Turquie a ouvert ses bras à ces +traîtres+", souligne un autre camionneur, Hasan Cetin, qui attend comme plusieurs dizaines d'autres de passer la frontière avec un chargement d'aliments congelés, pour une livraison en Irak, via la Syrie.
A l'instar de plusieurs autres de ses collègues interrogés par l'AFP, il affirme que l'asile accordé aux Syriens fait du tort au commerce frontalier, dopé ces dernières années par plusieurs accords entre les deux capitales.
Le volume du commercial bilatéral s'est chiffré à 2,3 milliards de dollars en 2010, en augmentation de 30% par rapport à 2009, selon les chiffres officiels.
Un chauffeur, Hasan Kara, affirme qu'il risque de perdre son emploi si la situation ne s'améliore pas en Syrie.
La police et les fonctionnaires syriens sont devenus agressifs, explique un autre, Nimet Maram.
"Ils font traîner les choses quand il s'agit de régler nos papiers et nous envoient à droite et à gauche, alors qu'avant, on était traité en priorité, parce qu'on est turc", raconte Nimet Meram, un jeune conducteur qui demande au gouvernement turc de ne pas rompre avec le régime de Damas.

