Le père Magdi Allaoui, rassurant et efficace.
Pour rencontrer ce curé atypique et charismatique, pour tout comprendre en un instant, il faut le visiter à Maysra, Nahr Ibrahim, où le centre de réhabilitation «Bonheur du ciel» est installé depuis trois ans. Un chemin rocailleux, une barrière improvisée pour empêcher les rôdeurs d’y accéder et un panneau calligraphié qui dit: «La drogue détruit les nations. La drogue mène vers l’obscurité et l’enfer. La vie est belle, il suffit de l’aimer». Et enfin: « L’amour est plus fort que la mort».
Ces mots simples s’adressent, en toute simplicité, à ceux qui ne trouvent plus d’issue au cercle vicieux de la drogue. Ceux qui ne trouvent plus la force ni les moyens de s’en sortir et qui abandonnent leur sort à «Bonheur du ciel». C’est alors que les mots deviennent plus doux à mesure que l’épreuve de la désintoxication devient plus dure. Et que, pour beaucoup, ils prennent tout leur sens.
Itinéraire atypique d’un enfant atypique
Les volontaires, eux-mêmes des ex-drogués, sont les disciples de père Magdi Allaoui, sans qui toutes ces petites victoires n’auraient jamais eu lieu.
Né dans une famille sunnite, il découvre la catéchèse à l’école et, à l’heure de la première communion de sa classe, demande à se convertir. Renvoyé de chez lui par son père, il fait de petits boulots; il n’a que 14 ans et devient enfant des rues. C’est là, dira-t-il, qu’il verra l’enfer des autres. La drogue, la misère, la pauvreté. Le hasard qui fait parfois bien les choses lui permet de rencontrer le père Nour qui découvre ses talents artistiques et l’inscrit dans une école de dessin. Trois ans plus tard, Magdi expose ses œuvres dans des expositions collectives, dont l’escalier de Gemmayzé où il rencontre celle qui sera sa femme. Au fil des années, sa vocation de prêtre se précise, en même temps que celle de se mettre à la disposition des victimes de la vie. Lorsqu’il sera ordonné, il utilisera la prière comme seule arme dans sa guerre contre la drogue. En 2008, il vend sa maison pour financer les prémices de son projet et décide d’installer son village du bonheur, d’abord une simple tente, sur un terrain situé près de Nahr Ibrahim et offert par une âme généreuse qui croyait en son projet. Faute de moyens, il construira lui-même la première maison, une cabane en bois pouvant héberger huit personnes. L’inauguration officielle aura lieu le 26 juillet en présence du président de la République, le général Michel Sleiman.
Une méthode qui marche
Les objectifs de l’association «Bonheur sur terre», comme l’explique le père Magdi Allaoui, est d’aider tout adulte dépendant, qui veut s’en sortir, à guérir. Ceci à travers la prière et un mode de vie totalement sain, physiquement et intellectuellement. L’association tient aussi à l’aider à se réinsérer dans la société et dans une existence normale. Accompagner, enfin, les familles en leur donnant toutes les informations nécessaires et faire sans arrêt des campagnes de prévention auprès des jeunes.
Le traitement se déroule sur 12 mois ou plus si cela est nécessaire. Dans ce village qui continue de grandir, huit maisons en bois, identiques, peuvent loger chacune huit personnes. Charbel, lui-même un ex-drogué, aujourd’hui un homme humble, pratiquant et responsable, raconte: «Pour s’en sortir, chacun trouve une méthode qui s’adapte à son caractère et son mode de vie. Les associations sont nombreuses et les méthodes aussi. Pour moi, qui n’étais pas pratiquant, la prière a été une révélation et une force pour traverser les mois de réhabilitation.» Charbel n’oubliera jamais les premiers jours de sevrage, «un enfer», où un inconnu, qu’on appelle là-bas, si justement, «ange», a partagé ses journées obscures et ses nuits blanches. Une traversée de l’enfer dont il est ressorti vidé, mais prêt à continuer. La suite, ce sont des mois de vie en groupe avec une discipline à suivre à la règle, sous la supervision d’autres «anges». Des responsables, ex-drogués, formés pour être à la fois tolérants devant les accidents et intolérants devant les erreurs et qui partagent cette expérience, «une douleur commune», précise le jeune homme. Au programme, thérapie individuelle, thérapie de groupe, vie saine sans télévision et contact avec l’extérieur, du moins les premiers mois, et un rapprochement nécessaire avec la famille, qui se fait en présence du responsable. Un travail de fond, sur soi, qui permet de se reconstruire sur des bases plus saines et plus vraies. «Nous vivons dans des conditions très difficiles, avoue le père Magdi. Nous n’avons pas d’eau, pas d’électricité, pas de téléphone et très peu de moyens... Le mazout devient hors de prix et la nourriture nous coûte cher. Nous manquons de dentistes, de volontaires et de psychiatres pour faire plus et agrandir le village. La demande ne fait que s’accroître et nous sommes parfois obligés de refuser des personnes qui vont vraiment mal et qui veulent s’en sortir faute de place.» Sa colère, même avec le sourire, même avec un taux encourageant de guérison, ne se calme pas. Il ne cesse de hanter les quartiers «à la mode» de Beyrouth où les nuits sont folles, et les drogués des abonnés nombreux. Un numéro d’urgence a été mis à la disposition de tous: 01/256256. Courageux, franc, il dénonce les dysfonctionnements, les irresponsabilités des pseudo-responsables et la dangereuse puissance de l’argent qui encourage toutes les dérives.
Le seul discours qui intéresse le père Magdi Allaoui demeure la prière. Une parole de l’Évangile sacrée, et devenue une façon de penser et d’être.
«J’espère, conclut-il, avoir la possibilité de m’occuper des mineurs.» Mais ça, c’est une autre histoire.
Pour vos aides ou des renseignements supplémentaires, appelez le père Magdi Allaoui au 03/125347


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