Une centaine de manifestants se sont rassemblés hier à Paris pour réclamer l’arrêt de la répression « sauvage » de la contestation en Syrie et la « fin de la passivité » de la communauté internationale. « Bye bye Bachar ! Rendez-vous à La Haye », ont scandé les protestataires, essentiellement des Syriens et des Franco-Syriens. Jacques Demarthon/AFP
En réaction, le président Bachar el-Assad prononcera aujourd’hui vers midi un discours sur les troubles en Syrie, selon l’agence officielle SANA. Il s’agira de la troisième intervention publique de M. Assad depuis le 15 mars, le début du mouvement de contestation.
Sur le plan humanitaire, la Turquie a commencé à fournir une aide aux Syriens qui se sont déplacés à la frontière mais sans franchir vers le côté turc, a annoncé hier l’agence gouvernementale chargée des situations d’urgence. C’est la première fois que les autorités turques mènent une opération d’aide à travers la frontière aux populations qui hésitent à passer en territoire turc. Leurs conditions de vie sont difficiles et ils sont pour la plupart installés dans des abris sommaires faits de branchages et de bâches en plastique. L’agence gouvernementale a précisé que le nombre exact des réfugiés syriens en Turquie était hier de 10 553, après l’arrivée de 585 personnes et le retour volontaire vers la Syrie de 146 autres.
Par ailleurs, les forces syriennes se sont déployées hier dans la zone frontalière du nord-ouest du pays pour freiner l’exode de réfugiés fuyant vers la Turquie, selon des témoins et un militant des droits de l’homme. Ammara Kourabi, défenseur syrien des droits de l’homme, a accusé les forces syriennes de s’en prendre à ceux qui aident les réfugiés à quitter le pays en raison de la répression dans le Nord-Ouest.
La veille, cherchant à étendre son contrôle sur la région nord-ouest, l’armée syrienne a bouclé et isolé le village de Bdama près de la frontière turque, où les Syriens fuyant la répression viennent s’approvisionner, ont déclaré hier des habitants de cette localité qui ont pris la fuite. Des témoins ont indiqué que Bdama était maintenant presque désert et que les forces de sécurité syriennes avaient dressé des postes de contrôle sur les routes qui mènent à cette localité.
Parallèlement, quelque 70 000 personnes en colère ont participé samedi à Deir ez-Zor, dans l’est de la Syrie, aux funérailles de deux manifestants tués la veille, au lendemain de la répression d’imposantes manifestations à travers le pays durant lesquelles 19 civils ont péri, selon le président de l’Observatoire syrien des droits de l’homme, Rami Abdel Rahmane. M. Abdel Rahmane a également indiqué que des milliers de personnes avaient participé à des obsèques à Homs où cinq personnes ont été tuées vendredi. Des manifestations nocturnes ont d’ailleurs eu lieu hier soir, dans plusieurs villes du gouvernorat d’Idleb, ainsi qu’à Hama, Harasta, Deraa, Homs, Qatna, Lattaquié et certains quartiers de Damas.
En outre, le président du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Jakob Kellenberger, était attendu hier à Damas pour une visite de 48 heures, lors de laquelle il aura des discussions sur le déploiement d’une aide humanitaire en Syrie. Selon Kourabi, les militaires et des miliciens proches du régime de Bachar el-Assad ont entrepris de bloquer les routes menant à la frontière.
Face à la persistance du régime à ignorer les appels internationaux à cesser la répression, Londres a appelé ses ressortissants à quitter la Syrie, avertissant que son ambassade à Damas pourrait ne pas être en mesure d’organiser leur évacuation si la situation se dégradait. L’ancienne ministre française des Affaires étrangères Michèle Alliot-Marie a jugé hier, quant à elle, qu’il fallait que la communauté internationale se montre « plus efficace » et plus « ferme » face à la répression brutale de la contestation en Syrie. Le ministre allemand de la Défense, Thomas de Maizière, a, lui, exclu une participation allemande à une éventuelle opération de l’OTAN en Syrie, dans une interview au magazine Der Spiegel diffusée samedi.
Les États-Unis et l’Union européenne poursuivent de leur côté leurs efforts pour tenter d’accroître la pression sur le président syrien, la secrétaire d’État américaine Hillary Clinton jugeant inéluctable le changement en Syrie. La « brutalité » du régime pourrait permettre à M. Assad « de repousser le changement en cours en Syrie, mais pas de l’inverser », écrit Mme Clinton dans une tribune publiée par le quotidien arabe Asharq el-Awsat.
Au Caire, le secrétaire général de la Ligue arabe Amr Moussa a fait part de « l’inquiétude du monde arabe » face à la crise en Syrie.
(Source : agences)


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