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Lifestyle - Objets Et Histoire

Une pierre pour les commères

En 1895, en creusant une tranchée dans la rue des Murins à Orléans, un ouvrier fut surpris de trouver une petite sculpture représentant une tête de femme. Celle-ci était hideuse, horrible et tirait la langue. Il venait de découvrir la fameuse « pierre des bavardes » qui était fréquemment utilisée au XVIe siècle. En effet, un des préjugés les plus répandus dans le monde médiéval était celui-ci : la femme est bien plus bavarde que l’homme, et ce défaut serait inscrit dans sa nature !
Un historien du XIVe siècle écrit que les femmes sont plus loquaces par droit de nature que les hommes car « Adam a été formé de terre, et Ève d’une côte ; or, remplissez un sac de terre et un autre d’os ; agitez-les, et il est évident que les os ainsi remués feront plus de bruit que la terre ! »... Après une « vérité » assenée avec un tel aplomb, il résulte bien évidemment que le nombre de condamnés à la « pierre des bavardes » était majoritairement féminin. Explication : au Moyen Âge, un homme qui en injuriait un autre payait une amende de quelques sous. Si au contraire une femme médisait, non seulement elle payait une amende, mais on suspendait à son cou, par une chaîne, une pierre qu’elle était obligée de porter en traversant la ville précédée et suivie des gens de justice qui sonnaient de la trompe pour la narguer et la bafouer. À la fin de son chemin de croix, elle s’agenouillait à l’entrée de l’église. Pendant le trajet, la personne injuriée avait le droit de la piquer avec un aiguillon pour la faire avancer. Accablée par le poids de l’objet autant que par la honte d’être exposée ainsi au regard du public, elle pleurait. Des injures, des rires et des quolibets fusaient de toutes parts. Rien ne lui était épargné, ni les coups ni les projections de fruits ou légumes gâtés !
La peine de la pierre était en usage dans toute la France, dans les pays scandinaves, ainsi que dans toutes les parties de l’Allemagne. Mais c’est Mulhouse qui est le berceau de cette pratique. Il n’y existait qu’un seul exemplaire de la fameuse pierre, et s’il arrivait que deux femmes fussent condamnées à le porter, l’une d’elles se chargeait de ce lourd et singulier collier depuis la place publique jusqu’à l’une des portes de la ville, où l’autre la relevait alors. Un écriteau attaché sur le dos de celle qui momentanément ne portait pas la pierre indiquait les noms et prénoms des deux bavardes, ainsi que la nature du délit. Un de ces placards, écrit en gros caractères romains, est conservé dans les archives de la mairie. Et on peut toujours voir, suspendue par une chaîne au-dessous d’une fenêtre de l’hôtel de ville, la copie de cette pierre (l’originale se trouvant dans le musée historique) de 12 kilos représentant une tête de femme grotesque qui ouvre de grands yeux écarquillés et tire la langue, avec dessus cette inscription :
« Je suis nommée la pierre des bavards,
Bien connue des mauvaises langues,
Quiconque prendra plaisir à la dispute et à la querelle,
Celui-ci me portera par la ville... »
Et si ce supplice infamant a été aboli à Mulhouse à la fin du XVIIIe siècle, c’est-à-dire lors du rattachement de cette ville à la France (en 1798), des femmes continuent, elles, à subir au XXIe siècle des pratiques plus humiliantes encore, allant du viol à la lapidation en passant par la défiguration à l’acide et l’excision... Quelle honte !

Sources principales : notrefamille.com
koechlin.fr
persee.fr
En 1895, en creusant une tranchée dans la rue des Murins à Orléans, un ouvrier fut surpris de trouver une petite sculpture représentant une tête de femme. Celle-ci était hideuse, horrible et tirait la langue. Il venait de découvrir la fameuse « pierre des bavardes » qui était fréquemment utilisée au XVIe siècle. En effet, un des préjugés les plus répandus dans le monde médiéval était celui-ci : la femme est bien plus bavarde que l’homme, et ce défaut serait inscrit dans sa nature ! Un historien du XIVe siècle écrit que les femmes sont plus loquaces par droit de nature que les hommes car « Adam a été formé de terre, et Ève d’une côte ; or, remplissez un sac de terre et un autre d’os ; agitez-les, et il est évident que les os ainsi remués feront plus de bruit que la terre ! »... Après une...
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