À Sanaa hier, une fillette participait aux manifestations antirégime. Sur son front était peint le mot « Liberté ». Khaled Abdullah/Reuters
Hier, l'Arabie saoudite a indiqué avoir accueilli M. Saleh à sa demande, pour des soins, et a espéré que les parties yéménites signeront l'accord de paix proposé par les monarchies du Golfe. « Le royaume a reçu le président et d'autres frères yéménites blessés, dont des officiels et des civils, pour des soins, et sur leur demande », indique un communiqué publié à l'issue d'une réunion du gouvernement. « Ce qu'a fait le royaume (...) est un devoir, basé sur sa religion, la fraternité et le voisinage », ajoute le texte cité par l'agence officielle SPA.
En l'absence du président, une trêve a été négociée par le vice-président avec le puissant chef tribal des Hached, cheikh Sadek al-Ahmar, sous l'impulsion du roi Abdallah d'Arabie saoudite. Berlin, Paris, Londres, Madrid et Rome se sont empressés dès dimanche soir d'appeler, dans une déclaration commune, les Yéménites à « respecter la trêve » pour rétablir la paix, après plusieurs jours de violents combats qui se sont étendus vendredi au sud de la capitale. Le vice-président a affirmé que la consolidation de la trêve était la « priorité numéro un ». Il a aussi souhaité « la collaboration de tous » pour y parvenir en présidant une réunion des chefs des services de sécurité, selon l'agence officielle SABA. Le médiateur du Golfe, Abdellatif Zayani, a annoncé être disposé à relancer sa médiation, suspendue après le refus de M. Saleh de la signer. M. Zayani a déclaré que « l'initiative du Golfe offre toujours la solution appropriée » à la crise et que les États du Conseil de coopération du Golfe (CCG) « peuvent la réactiver et suivre son application si elle est acceptée par toutes les parties au Yémen ».
Sur le terrain, la trêve semblait tenir en dépit d'un incident mortel. Des proches de cheikh Ahmar ont accusé des snipers à la solde du régime d'avoir tué trois des hommes du chef tribal, près de sa résidence dans le nord de la capitale. À Taëz, autre foyer de la contestation, le calme régnait aussi. Les forces de l'ordre se sont retirées de la ville et ne gardent que le palais présidentiel, alors que les manifestants ont reconstitué leur sit-in.
Toutefois, l'hospitalisation à Riyad de M. Saleh n'en a pas moins ouvert le débat sur sa succession, l'opposition estimant qu'il n'est plus en position de gouverner alors que son camp dit qu'il est toujours constitutionnellement chef de l'État. L'entourage de M. Saleh a entretenu la confusion en imputant la responsabilité de l'attentat au cours duquel il a été blessé tantôt à la tribu al-Ahmar, tantôt à el-Qaëda, et en évoquant même la piste d'un drone pour expliquer la précision du tir contre la mosquée du palais où étaient rassemblés les hauts dignitaires de l'État. Des accusations qui témoignent d'une âpre lutte pour le pouvoir entre le clan du président, conduit par son fils et ses neveux qui contrôlent les principaux organes de sécurité, et ses nombreux adversaires politiques et tribaux.
Habile tacticien qui a réussi jusqu'ici à s'accrocher au pouvoir malgré quatre mois de protestations populaires et de fortes pressions internationales, M. Saleh « doit admettre qu'il a épuisé ses dernières cartouches », a cependant estimé l'analyste saoudien Abderrahman al-Rached. « Je crois que le départ de Saleh est définitif », a ajouté M. Rached, directeur de la chaîne al-Arabiya, dans le quotidien saoudien Acharq el-Awsat, estimant que le président yéménite, à la tête du pays depuis 33 ans, devrait, au nom de la Constitution dont il se réclame, « assurer une transition pacifique ». L'opposition parlementaire, menée par l'influent parti islamiste al-Islah, et la puissante confédération des Hached, soutenue par les officiers dissidents de l'armée, offriraient une alternative au régime de M. Saleh même si, écrit M. Rached, « on n'est pas sûr qu'elles aient une approche unifiée de l'avenir du Yémen ».
En soirée, la Maison-Blanche a affirmé qu'une « transition immédiate » du pouvoir au Yémen était « dans le meilleur intérêt » des habitants de ce pays. « Nous voulons une transition (du pouvoir) pacifique et ordonnée », a déclaré le porte-parole du président Barack Obama, Jay Carney.
(Source : AFP)


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