La contestation ne faiblit pas. Hier, des Syriens manifestaient à Kafranbel. Photo Reuters
« Nous sommes réunis sous le slogan "le peuple veut la chute du régime" et nous réclamons des comptes à tous ceux qui ont commis des crimes. Le sang versé ne sera pas vain », a dit Abdel Razak Eid, signataire de la Déclaration de Damas lancée en 2005 par un groupe de réformateurs réclamant des changements démocratiques. « Nous réclamons la liberté et la chute du régime », a affirmé le chef de la délégation des Frères musulmans assistant à cette réunion, Melhem al-Douroubi. En Syrie, l'appartenance aux Frères musulmans est passible de la peine de mort.
Pour leur part, des militants des droits de l'homme en Syrie se sont déclarés satisfaits de l'amnistie décrétée hier. « C'est une revendication que nous réclamons depuis des années », a déclaré le chef de la Ligue syrienne des droits de l'homme, Abdel-Karim Rihaoui. « Nous réclamons l'abrogation du décret 49 » qui punit de mort l'appartenance au mouvement des Frères musulmans, a-t-il toutefois ajouté. La confrérie des Frères musulmans est interdite en Syrie depuis les affrontements sanglants qui l'avaient opposée au pouvoir au début des années 1980. Mais depuis le milieu des années 1990, les Frères musulmans condamnés à mort ne sont plus exécutés, leurs sentences étant commuées en de longues peines de prison. Le chef de l'Observatoire syrien des droits de l'homme, Rami Abdel-Rahmane, joint par téléphone à Londres, a estimé pour sa part que « toute mesure prise sur le chemin de la liberté est positive ».
Plus tôt dans la journée, Damas avait également annoncé le lancement d'ici à 48 heures d'un dialogue national avec l'opposition. Cette « commission pour le dialogue national » doit être formée d'ici à jeudi avec des membres de « tous les courants politiques et des personnalités politiques, économiques et de la société », a annoncé Mohammad Saïd Bkheitane, numéro 2 du parti Baas, au quotidien al-Watan. Il a toutefois d'emblée rejeté de revenir sur la prépondérance du parti Baas, qui, selon la Constitution, « est le dirigeant de l'État et de la société », invitant les opposants à abolir cette clause en remportant la majorité au Parlement. Des élections législatives, les troisièmes depuis que le président Bachar el-Assad a succédé à son père Hafez el-Assad en juillet 2000, sont prévues dans les semaines à venir. L'abrogation de la clause 8 de la Constitution qui stipule que « le parti Baas est le dirigeant de l'État et de la société » est l'une des demandes majeures de l'opposition.
La carotte, une stratégie déjà suivie par le passé
Ce n'est pas la première fois que le régime syrien fait montre d'ouverture en réponse aux manifestations prodémocratie qui secouent le pays depuis le 15 mars. En avril déjà, M. Assad avait levé l'état d'urgence en vigueur depuis des décennies. Mais cela n'avait pas empêché la poursuite de la répression sanglante. Selon les organisations de défense des droits de l'homme, plus de 1 100 civils ont été tués et au moins 10 000 personnes ont été interpellées dans le pays depuis le début du mouvement de contestation.
Ainsi, l'armée syrienne a-t-elle poursuivi hier, pour la troisième journée consécutive, ses opérations de ratissage dans la ville de Rastan, près de Homs, dans le centre de la Syrie. « Des tirs à la mitrailleuse sont entendus à Rastan. Des opérations de ratissage se poursuivent », a indiqué à l'AFP un militant des droits de l'homme. « Des explosions ont été entendues ce matin à Rastan. Rastan est entièrement isolée et un grand nombre de personnes ont été blessées dans cette ville », a précisé ce militant, affirmant que « les chars de l'armée entourent Rastan et que des transports de troupes blindés sont postés à l'intérieur de cette ville ». En soirée, un militant des droits de l'homme déclarait, sous le couvert de l'anonymat, que trois civils avaient été tués à Rastan. Par ailleurs, des habitants ont attaqué un commissariat de police de la ville et saisi des armes après la mort dimanche d'une fillette et de dix autres civils dans la région de Homs, a indiqué un militant. À Talbisseh, « des dizaines de blessés se trouvent dans des terrains agricoles dans le nord de cette ville, mais les équipes médicales ne peuvent pas les secourir en raison des opérations militaires qui se poursuivent dans cette région », a-t-il ajouté. Depuis dimanche à l'aube, des dizaines de chars encerclent Rastan et Talbisseh ainsi que le village de Teir Maaleh, pour mater la contestation dans les environs de Homs, troisième ville du pays, à 160 km au nord de Damas. Par ailleurs, dans la nuit et à l'aube, « les forces de sécurité ont investi et procédé à des opérations de ratissage à Hirak », une ville de la région de Deraa, bastion de la contestation contre le régime du président Assad, a indiqué le militant.
Le pouvoir a envoyé ces dernières semaines l'armée dans différentes villes, notamment à Tall Kalakh (150 km au nord-ouest de Damas), Homs (centre), Banias (Nord-Ouest) et Deraa (Sud), foyers de la révolte.
Par ailleurs, le Premier ministre irakien Nouri al-Maliki s'est prononcé hier pour des réformes en Syrie afin de rétablir la stabilité, au moment où le chef de la diplomatie syrienne, Walid Moallem, effectuait une visite en Irak. Rares sont les pays arabes à s'être ainsi exprimés depuis le début du mouvement prodémocratie.
Paris a pour sa part condamné « avec la plus grande fermeté la violence aveugle et brutale dont continuent à user les services de sécurité syriens ». La France « est consternée par les témoignages crédibles faisant état des tortures utilisées dans les prisons syriennes contre les manifestants pacifiques », a déclaré le porte-parole du Quai d'Orsay, citant le jeune Hamzeh al-Khatib comme « symbole » de ces agissements. Samedi, les militants prodémocratie en Syrie avaient dédié une page Facebook à ce garçon de 13 ans « torturé et tué » selon eux par les forces de sécurité à Deraa, où est née la contestation du régime. Une commission d'enquête sera formée pour déterminer les circonstances de la mort du jeune garçon, a rapporté hier la télévision d'État syrienne.
(Source : agences)


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