Fille du roi Philippe IV d'Espagne, Marie-Thérèse d'Autriche épouse Louis XIV en 1660. Alors qu'elle était profondément éprise de son mari, lui multipliait les frasques. La reine pleure souvent, se sentant délaissée et humiliée. Le turbulent duc de Beaufort, devenu amiral, ramène un jour d'un voyage un jeune esclave noir qu'il offre à la reine pour sa distraction. Le garçon, baptisé Nabo, se révèle vif et plein d'esprit, et rapidement il séduit et amuse la reine. Mais un jour de 1664, alors que la reine est enceinte et que la nouvelle vient d'être rendue publique, Nabo meurt subitement. La reine vit une grossesse difficile, elle semble inquiète et est souvent malade. Le 16 novembre, elle sent les premières douleurs, l'accouchement est long et difficile. Après plusieurs heures, Marie-Thérèse est délivrée : c'est une petite fille noire. L'émotion est grande et la médecine du XVIIe siècle tente de fournir les explications : la couleur de peau vient de la nourriture de la reine, peut-être du chocolat dont elle se gavait pendant sa grossesse, du climat trop chaud ou trop froid, de ce que l'enfant a manqué d'air à sa naissance. Personne n'est dupe et personne n'a oublié Nabo. Félix, chirurgien de la reine, émit l'hypothèse « qu'il avait suffi d'un regard du Maure pour faire une Mauresse de la petite princesse », le roi aurait répondu d'un ton sarcastique : « Un regard ? Il était donc bien pénétrant... » L'enfant, dit-on, est de santé fragile. Elle meurt quarante jours plus tard, le 26 décembre, mais il n'y a aucun récit de témoins directs de la mort de l'enfant. Trente ans plus tard, en 1695, Madame de Maintenon, ancienne gouvernante des bâtards royaux et désormais épouse secrète de Louis, présente au couvent des bénédictines de Moret une jeune femme noire, une Maure, pour qu'elle prononce ses vœux solennels et prenne le voile. Toute la cour est conviée à la cérémonie et, le 15 octobre, la Maure se voit allouer par le roi une pension de 300 livres. Ces dispositions semblent en elles-mêmes exceptionnelles, mais l'attention que la famille royale porte à cette religieuse ne fait qu'amplifier la surprise. Ce n'était sans doute pas fortuitement que la Mauresse portait en religion le nom de Louise-Marie de sainte Thérèse, c'est-à-dire les noms mêlés du roi et de la reine. Elle jouissait, au couvent, de plus de considération que la personne la plus connue et la plus distinguée. Mme de Maintenon se rend souvent à Moret voir la Maure, le grand dauphin Louis, fils du roi, et ses enfants s'y rendent également. Mais l'orgueil de la Mauresse irrite, et les religieuses se plaignaient... Madame de Maintenon vint un jour exprès de Fontainebleau pour lui faire des observations et la rappeler à la modestie de son état ; elle essaya de la raisonner pour lui ôter la persuasion dont se nourrissait sa fierté.
« Madame, lui répondit la religieuse, la peine que prend une dame de votre élévation de venir exprès ici pour me dire que je ne suis pas fille du roi me persuade que je le suis. »
Voltaire, qui raconte cette anecdote, affirme qu'on se la rappelait encore de son temps au couvent de Moret. Saint Simon cite une autre parole significative échappée à la Mauresse. Un jour qu'elle entendait le dauphin chasser dans la forêt : « C'est mon frère qui chasse », s'écrie-t-elle avec un ton d'assurance. M. Sollier, en feuilletant les archives de Moret, a fait une remarque qui confirme l'opinion bien arrêtée de la Mauresse sur sa haute naissance.
« J'ai remarqué, dit-il, que tant que vécut Louis XIV, la sœur sainte Thérèse signa Marie-Louise de sainte Thérèse, mais qu'après la mort du roi, c'est-à-dire à partir de 1713, elle ne signa plus que Marie de sainte Thérèse. Ne serait-ce pas une vengeance de la pauvre orpheline qui, dès qu'elle eut perdu tout espoir d'être reconnue par son père, aurait répudié le nom de celui qui l'avait désavouée et abandonnée ? »
La Mauresse dut finir ses jours au couvent de Moret, mais l'époque de son décès est aussi inconnue que tout le reste. En 1779, le portrait de la Mauresse était encore accroché dans le bureau de l'abbesse du couvent de Moret-sur-Loing. Il se trouve aujourd'hui à la bibliothèque Sainte-Geneviève. Le dossier l'accompagnant est classé dans les archives de cette même bibliothèque, mais... il est vide, seule la couverture subsiste, revêtue d'une inscription qui fait rêver : « Papiers concernant la Moresque, fille de Louis XIV ». Certes, elle ne peut être celle du roi et de la reine, mais elle peut être celle de Louis XIV et d'une Maure, et cela est difficile à imaginer. Les maîtresses de Louis XIV sont connues, ses enfants répertoriés et les femmes noires rares dans la France du XVIIe siècle ; alors la Mauresse ne peut être que la fille de Marie-Thérèse et de Nabo, beau au point que la reine, pourtant très chaste, n'a pu que succomber à son charme maure !
Sources principales :
france-pittoresque.com
passion- d'histoire.net
magazine-histoire.com
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