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Moyen Orient et Monde - Éclairage

L’intervention irakienne contre les moujahidine démontre l’influence iranienne

Le raid de l'armée a fait 34 morts au camp d'Ashraf, l'ONU condamne et réclame une enquête.

Un moujahid du camp d’Ashraf, blessé lors des affrontements du vendredi 8 avril avec les soldats irakiens, fait le « V » de la victoire. Photo Reuters

L'intervention des forces de sécurité irakiennes qui a causé la mort de 34 opposants au régime de Téhéran démontre l'influence croissante de l'Iran en Irak, au détriment des États-Unis dont les troupes s'apprêtent à quitter le pays à la fin de l'année. « Bagdad n'a pas intérêt à afficher une attitude hostile envers l'Iran car c'est son principal voisin, la puissance majeure de la région et le pays possédant le plus de moyens d'intervenir dans les affaires de l'Irak », a affirmé hier Hamid Fadel, professeur de sciences politiques à l'université de Bagdad.
Le 8 avril, des heurts avaient éclaté avec les moujahidine du peuple quand l'armée irakienne avait pénétré dans le camp d'Ashraf (80 km au nord de Bagdad), où sont installés environ 3 500 de ces opposants iraniens. Un porte-parole de l'ONU a affirmé jeudi que 34 opposants iraniens avait péri et que la plupart des victimes, dont des femmes, avaient été tuées par balles. Selon le porte-parole du Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme à Genève, Rupert Colville, il y a également des dizaines de blessés. La haut-commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Navi Pillay, a vivement condamné hier le raid des forces de sécurité irakiennes dans le camp et réclamé une enquête « complète, indépendante et transparente ».
Jusque-là, les autorités de Bagdad parlaient de trois morts. Interrogé, le porte-parole du gouvernement irakien, Ali al-Dabbagh, a accusé les gardes des moujahidine d'avoir tué des personnes cherchant à fuir le camp. « Nous allons enquêter sur cette affaire car nos forces de sécurité pensent que cela a été le fait de leurs gardes (des Moujahidine) qui ont tué ceux qui voulaient s'échapper. Ils avaient déjà commis des actes identiques dans le passé », a-t-il déclaré.
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Ali Akbar Salehi, a salué l'action de Bagdad, soulignant que les « Irakiens ne doivent pas abriter des groupes terroristes ».
Fait plus révélateur encore, cette opération contre les moujahidine a coïncidé avec la venue à Bagdad du secrétaire d'État américain à la Défense, Robert Gates, qui avait accusé l'Iran de chercher à créer des troubles dans la région. Interrogé mercredi sur la concomitance de cette visite et l'attaque du camp d'Ashraf, un haut gradé américain a répondu aux journalistes : « Je pense que c'est une coïncidence significative. » « Il est clair que l'Iran essayera d'étendre son influence (...) mais plus les Iraniens pousseront dans ce sens et plus ils verront une réaction des Irakiens », a-t-il ajouté.
Alors que les 50 000 derniers soldats américains doivent quitter l'Irak à la fin 2011 et que Washington fait pression pour convaincre Bagdad d'autoriser le maintien d'une partie des forces afin d'entraîner les militaires irakiens, le gouvernement de Nouri al-Maliki a montré d'où soufflait désormais le vent. « Les États-Unis faisaient pression pour maintenir les moujahidine en Irak, mais avec leur prochain départ, Bagdad a compris que cette pression allait bientôt disparaître », a souligné M. Fadel.
Les moujahidine sont présents en Irak depuis 1981, à l'invitation de l'ex-dictateur Saddam Hussein, qui était en guerre avec l'Iran. L'Irak souhaite que les 3 500 moujahidine quittent le pays d'ici à la fin de l'année, soit en même temps que l'armée américaine. En prenant l'initiative contre les opposants iraniens, M. Maliki n'a pas oublié sa dette envers Téhéran. Arrivé en seconde position lors des élections législatives il y a un an, derrière le candidat laïque Iyad Allawi, il s'est maintenu comme Premier ministre grâce à la pression de Téhéran sur toutes les factions politiques chiites pour qu'elles le soutiennent.
Opposés à Saddam Hussein et partageant avec Téhéran la même foi chiite, un grand nombre de ministres et de députés irakiens ont passé de longues années en Iran.
© AFP

L'intervention des forces de sécurité irakiennes qui a causé la mort de 34 opposants au régime de Téhéran démontre l'influence croissante de l'Iran en Irak, au détriment des États-Unis dont les troupes s'apprêtent à quitter le pays à la fin de l'année. « Bagdad n'a pas intérêt à afficher une attitude hostile envers l'Iran car c'est son principal voisin, la puissance majeure de la région et le pays possédant le plus de moyens d'intervenir dans les affaires de l'Irak », a affirmé hier Hamid Fadel, professeur de sciences politiques à l'université de Bagdad.Le 8 avril, des heurts avaient éclaté avec les moujahidine du peuple quand l'armée irakienne avait pénétré dans le camp d'Ashraf (80 km au nord de Bagdad), où sont installés environ 3 500 de ces opposants iraniens. Un porte-parole de l'ONU a affirmé...
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