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Santé

Des personnes en bonne santé, des villes saines, des économies florissantes

Par Pedro MALAN

Pedro Malan, ancien ministre brésilien des Finances et ancien gouverneur de la Banque centrale du Brésil, est membre du comité directeur du colloque sur les marchés émergents au Green Templeton College d’Oxford et président du conseil consultatif international du groupe bancaire brésilien Itau-Unibanco. Photo news.bbc.co.uk

Les moteurs de la croissance des villes européennes et nord-américaines aux XIXe et XXe siècles sont les mêmes que ceux qui entraînent aujourd'hui l'urbanisation du Brésil, de la Chine, de l'Inde, du Mexique, de la Russie et d'autres économies émergentes. La croissance de ces villes a été accélérée et amplifiée par les technologies productives, une migration interne rapide et des taux nets de reproduction élevés. Plusieurs de ces villes se sont énormément développées, à un rythme très soutenu. En fait, à l'exception de trois métropoles, les vingt plus grandes villes du monde sont situées dans les pays émergents.
Plusieurs analyses laissent à penser qu'à l'horizon 2030, les quatre principales économies émergentes auront dépassé le G7 et que, d'ici à 2050, les économies émergentes actuelles représenteront plus de la moitié de l'économie mondiale et une proportion plus importante encore de la population mondiale. Ces prévisions tablent toutes sur une croissance tirée par les villes.
Mais les cités des pays émergents seront-elles suffisamment saines pour induire une croissance économique rapide ? Les questions qui préoccupent les décideurs et praticiens de la santé à Lima, au Caire, à Calcutta et Djakarta reflètent des géographies, des histoires, des cultures et des climats différents. En fin de compte, chaque ville est un cas particulier. Mais elles partagent des points communs.
L'un d'entre eux est que les maladies urbaines ont changé de nature, passant des maladies infectieuses aux maladies chroniques - les maladies dites « des riches ». Les pauvres urbains, par contre, mal logés et ne disposant que de peu d'infrastructures et de services, sont vulnérables aux épidémies, aux maladies infantiles liées à la malnutrition, au VIH/sida, au paludisme, à la tuberculose et aux troubles mentaux. Ils courent également de plus grands risques d'être frappés par les catastrophes naturelles, comme les inondations et les glissements de terrains qui ont dévasté une partie de Rio de Janeiro en janvier dernier.
Un autre point commun de ces villes est que la concentration de poches de pauvreté contribue à créer des environnements fragiles, à l'origine de troubles sociaux, accompagnés de morts et de blessés. Mais un récent colloque de l'Université d'Oxford a conclu que les villes des pays émergents pouvaient améliorer et préserver la santé urbaine en tirant parti des avantages inhérents à la concentration démographique, en coordonnant les politiques et programmes de santé, en adoptant des innovations qui ont fait leurs preuves, en réformant l'enseignement de la médecine et la formation médicale, et en développant une meilleure planification.
En effet, plusieurs solutions potentielles trouvent leur origine dans les occasions présentées par la concentration démographique et de l'activité économique. Il est toujours plus efficace de construire et de maintenir les infrastructures liées à la santé, telles que l'approvisionnement en eau et les sanitaires, les cliniques et hôpitaux, et d'offrir des soins médicaux spécialisés, lorsque les densités de population sont élevées - et également de mettre en place des réseaux d'assistants sociaux offrant des soins médicaux abordables avec des technologies peu coûteuses. Et il est aussi toujours plus facile de réaliser des économies d'échelle et de fonctionnement dans les programmes de santé publique là où les économies réalisées sont les plus importantes.
De plus, alors que la santé des populations urbaines est directement ou indirectement affectée par les moyens mis en œuvre (ou non) par presque toutes les branches du gouvernement, peu de pays émergents ont entrepris d'améliorer la coordination horizontale au sein des administrations nationales ou municipales. Plus rares encore sont ceux qui ont cherché à établir une coordination verticale entre ces administrations. Des solutions au cas par cas sont nécessaires - la solution pour une ville ne sera pas nécessairement la même partout -, mais en raison des problèmes posés par l'absence de, ou une faible, coordination, les pays émergents doivent envisager des modèles de gestion qui fassent porter la responsabilité de ces solutions de santé urbaine, et de leur conception, aux municipalités.
Les solutions novatrices ne sont pas toujours trouvées localement, raison pour laquelle les municipalités doivent prendre connaissance des idées et des enseignements potentiellement applicables provenant d'autres villes et pays. Malheureusement, la diffusion des idées pionnières dans le domaine de la santé publique et des services médicaux dépend la plupart du temps d'un processus aléatoire et peu efficace. Les économies émergentes doivent donc collaborer pour développer des réseaux de compétences dans le domaine de la santé afin de faciliter l'acquisition mutuelle de connaissances.
Il est également urgent de résoudre le problème lié au fait que, dans les pays émergents, l'enseignement de la médecine et de la santé publique est rarement intégré. Ayant bénéficié de formations différentes débouchant sur des approches différentes, les responsables de la santé publique et les médecins (et leurs auxiliaires) travaillent souvent dans des environnements cloisonnés - au détriment des personnes au service desquelles ils travaillent. Il existe par ailleurs peu d'occasions pour les médecins de se spécialiser en santé publique. Pour surmonter ces difficultés, les gouvernements des pays émergents devraient envisager des réformes radicales de l'enseignement et de la formation en santé publique et en services médicaux urbains.
La croissance urbaine des pays émergents - et la concentration de la pauvreté qui l'accompagne - a mis à l'épreuve, et parfois dépassé, la capacité de leurs gouvernements à donner à leur population des logements durables et abordables, un approvisionnement en eau et des sanitaires, une voirie et une éducation - autant de domaines influant directement sur la santé publique - ainsi des services médicaux de base. Pour relever ces défis, les villes des pays émergents doivent planifier par anticipation, sur la base de prévisions démographiques réalistes ; mettre sur pied des systèmes d'informations sanitaires et des registres de patients aux plans national et municipal ; et chercher à intégrer la planification sanitaire à la planification urbaine en général.
Pour que les villes de pays émergents soient vraiment les locomotives d'un avenir meilleur, il faut que leurs municipalités s'assurent que l'offre en logements, en infrastructures et en services reste supérieure à la demande. Un environnement favorable aux affaires et aux investissements nécessite des adultes capables de travailler et des enfants capables d'apprendre. En fin de compte, la santé économique des pays émergents dépendra d'une réinvention de la santé publique dans l'espace urbain.

© Project Syndicate 2011. Traduit de l'anglais par Julia Gallin.
Les moteurs de la croissance des villes européennes et nord-américaines aux XIXe et XXe siècles sont les mêmes que ceux qui entraînent aujourd'hui l'urbanisation du Brésil, de la Chine, de l'Inde, du Mexique, de la Russie et d'autres économies émergentes. La croissance de ces villes a été accélérée et amplifiée par les technologies productives, une migration interne rapide et des taux nets de reproduction élevés. Plusieurs de ces villes se sont énormément développées, à un rythme très soutenu. En fait, à l'exception de trois métropoles, les vingt plus grandes villes du monde sont situées dans les pays émergents.Plusieurs analyses laissent à penser qu'à l'horizon 2030, les quatre principales économies émergentes auront dépassé le G7 et que, d'ici à 2050, les économies émergentes actuelles représenteront...
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