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Moyen Orient et Monde - Crise

Le spectre d’un enlisement dans les sables de Libye hante l’OTAN

Des rebelles tués par un raid de la coalition.

Des volontaires à l’hôpital d’Ajdabiya sont en colère après que des éclats d’obus eurent tué un infirmier. Odd Andersen/AFP

Le risque d'un enlisement se précise en Libye. « Personne aujourd'hui ne peut dire combien de temps l'opération Protecteur unifié va durer », estime François Heisbourg, conseiller spécial auprès de la Fondation de la recherche stratégique (FRS) à Paris. L'incapacité de la coalition internationale à mettre un terme au martyre de la ville de Misrata, encerclée depuis 43 jours par les forces kadhafistes, n'en est qu'une illustration, note-t-il.
L'autre signe tangible, selon lui, que l'intervention étrangère ne donne pas les résultats escomptés, c'est que depuis que la contestation a éclaté à la mi-février, « les rebelles et les soldats de Kadhafi font des allers-retours entre les faubourgs de Syrte et ceux de Benghazi, les uns et les autres s'étant cinq fois raccompagnés jusqu'à leur point de départ ». Et cela persistera, assure-t-il, tant que des rebelles sans armes lourdes et peu expérimentés en matière militaire feront face à une armée libyenne dont l'avantage en hommes et en matériels est en partie annulé par les opérations aériennes de l'OTAN. Le commandant des forces américaines pour l'Afrique, le général Carter Ham, a d'ailleurs qualifié de « faible la probabilité » que les rebelles libyens parviennent à lancer un assaut sur Tripoli pour renverser le colonel Kadhafi.
La coalition « est entrée dans cette guerre sans idée claire de l'objectif, sans avoir défini les termes d'une fin éventuelle, pénalisée par la résolution 1973 de l'ONU » qui interdit l'envoi de troupes au sol et fait de la protection des civils le but officiel, constate M. Heisbourg. « Nous nous sommes mis dans la situation d'avoir à passer un compromis plus ou moins douteux avec la famille Kadhafi pour obtenir que le dictateur aille passer ailleurs une paisible retraite », ironise-t-il.
Les alliés occidentaux sont en outre en train d'établir un système de communication entre le commandement militaire des rebelles et l'OTAN, ont indiqué des sources impliquées dans des discussions avec les insurgés. L'Europe et les États-Unis ont également décidé d'aider les rebelles notamment sur le plan financier, ont indiqué ces sources s'exprimant sous le couvert de l'anonymat. Elles ont cependant souligné qu'aucune arme ne leur serait fournie, en application des résolutions de l'ONU. Hier, un important dirigeant rebelle, Mahmoud Jibril, a été par ailleurs été reçu aux Émirats arabes unis, un allié des États-Unis, qui a engagé 12 avions de combat, pour contribuer à l'imposition de la zone d'exclusion aérienne au-dessus du pays.
Sur le terrain, deux rebelles et un médecin ont été tués par un raid aérien dans la région de Brega, théâtre de combats entre insurgés et forces pro-Kadhafi. Selon des sources hospitalières et des témoins, des avions de l'OTAN ont ouvert le feu sur des chars à l'est du site pétrolier de Brega (Est). L'OTAN a assuré qu'elle enquêtait sur ces nouvelles allégations de bavure. Au même endroit, des éclats d'obus sur une ambulance ont tué un infirmier et blessé deux autres. Les insurgés, déjà furieux contre l'Alliance atlantique qu'ils accusent de ne pas assez les aider, ont laissé éclater leur colère. « Au lieu d'attaquer Kadhafi, ils nous attaquent. Qu'est-ce qui ne va pas avec nos amis les États-Unis et le Royaume-Uni ? » s'interroge Souleimane Rifadi, un volontaire à l'hôpital d'Ajdabiya, à 80 km à l'est de Brega.
Dans l'après-midi, un vent de panique a saisi Ajdabiya, où des milliers de civils et rebelles ont pris la fuite vers le fief rebelle de Benghazi plus au nord. À l'origine de ce mouvement, une rumeur d'attaque imminente de la ville par les forces de Kadhafi. À l'autre extrémité du pays, des avions ont survolé Tripoli et des explosions ont été entendues dans la banlieue est. À Mistrata, des affrontements entre rebelles et forces loyales se sont concentrés hier aux abords de la ville.
« Un cessez-le-feu véritable doit être mis en place immédiatement et les unités militaires de Kadhafi doivent lever le siège de certaines villes et se retirer », a déclaré le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, en présentant ce qu'il a appelé une « feuille de route » de son gouvernement pour régler la crise libyenne.
Enfin, Reporters sans frontières (RSF) a annoncé que quatre journalistes (un Sud-Africain, deux Américains et un Espagnol) étaient portés disparus depuis le 4 avril dans l'Est.
(Source : AFP)

Le risque d'un enlisement se précise en Libye. « Personne aujourd'hui ne peut dire combien de temps l'opération Protecteur unifié va durer », estime François Heisbourg, conseiller spécial auprès de la Fondation de la recherche stratégique (FRS) à Paris. L'incapacité de la coalition internationale à mettre un terme au martyre de la ville de Misrata, encerclée depuis 43 jours par les forces kadhafistes, n'en est qu'une illustration, note-t-il.L'autre signe tangible, selon lui, que l'intervention étrangère ne donne pas les résultats escomptés, c'est que depuis que la contestation a éclaté à la mi-février, « les rebelles et les soldats de Kadhafi font des allers-retours entre les faubourgs de Syrte et ceux de Benghazi, les uns et les autres s'étant cinq fois raccompagnés jusqu'à leur point de départ ». Et cela...
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