Des réticences qui reposent aussi sur l'éventualité que les armes livrées à la rébellion puissent tomber entre des mains hostiles, alors que le chaos qui menace la Libye pourrait donner des ailes aux mouvements jihadistes. Pespective des plus inquiétante pour les alliés. Commandant en chef des forces de l'Alliance en Europe, l'amiral américain James Stavridis avait d'ailleurs évoqué mardi des « signes » d'une possible présence de militants d'el-Qaëda ou du Hezbollah parmi les rebelles libyens. Ces assertions ont été formellement contestées depuis par un porte-parole des rebelles, le colonel Ahmad Bani. « Le pire scénario serait que (la Libye) devienne un État en déliquescence qui alimenterait l'extrémisme et le terrorisme », a néanmoins observé mercredi le secrétaire général de l'OTAN, Anders Fogh Rasmussen. Des craintes partagées par la Turquie. « Armer les rebelles (...) cela changerait la situation (...) et nous ne pensons pas que cela soit approprié. Selon nous, cela pourrait aussi créer un environnement favorable au terrorisme et s'avérer dangereux en tant que tel », a déclaré hier le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan.
La seule éventualité de la présence de jihadistes dans les rangs des rebelles rappelle de très mauvais souvenirs aux Américains. Dans les années 1980, la CIA, s'appuyant sur les services secrets pakistanais, avait entraîné, financé et armé de missiles sol-air Stinger des milliers de moudjahidine afghans engagés dans la lutte contre l'occupant soviétique. Parmi eux figuraient vraisemblablement quelques-uns des talibans qui combattent aujourd'hui les troupes américaines et de l'OTAN en Afghanistan.
Un épisode fâcheux, rappelé mercredi par l'ancien Premier ministre français Dominique de Villepin : « Dans un premier temps, on croit aider des défenseurs de la démocratie et dans un deuxième temps, on retrouve ces armes dans la nature (et elles) se retournent contre nous. » L'affaire libyenne se joue « au cœur d'une région très fragile », a-t-il souligné, évoquant le voisinage du Niger, du Mali et du Tchad. Il aurait pu mentionner l'Algérie, l'Égypte ou la Mauritanie. Tous ces pays font partie du même « arc de crise » et sont travaillés par de puissantes mouvances islamistes. À commencer par el-Qaëda au Maghreb islamique (AQMI), organisation qui s'est fait une spécialité d'enlever des Européens. Selon des sources sécuritaires maliennes et nigériennes, AQMI se serait déjà emparée « d'armes lourdes » dérobées à la faveur de la confusion en Libye. Parmi ces armes, figureraient des missiles SAM-7, l'équivalent soviétique du Stinger américain... « C'est un risque non négligeable lorsqu'un État se délite », a noté le ministre français de la Défense, Gérard Longuet.
Le président tchadien, Idriss Deby Itno, assurait en fin de semaine dernière être certain « à 100 % » qu'AQMI avait « profité du pillage des arsenaux en zone rebelle pour s'approvisionner en armes, y compris en missiles sol-air ». « À ma connaissance, il y a très peu de présence libyenne au sein d'AQMI dont l'ascendance est essentiellement algérienne », tempère cependant François Heisbourg, de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS). Pour autant, les hésitations des alliés sont « parfaitement légitimes », selon cet expert. Pointant le désordre dans les rangs rebelles, François Heisbourg estime que « balancer des RPG (lance-roquettes), des canons sans recul ou des armes automatiques à la rébellion dans ces conditions serait l'assurance de les voir tomber entre de mauvaises mains ».
(Source : AFP)


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