Les forces soutenant le président ivoirien reconnu par la communauté internationale, Alassane Ouattara, ont lancé hier leur plus grande offensive depuis le début de la crise postélectorale, en attaquant la ville de Duékoué, carrefour stratégique de l'ouest du pays. Duékoué était contrôlée jusque-là par les forces de Laurent Gbagbo depuis la guerre civile de 2002-03. Les rebelles nordistes, majoritairement acquis à Ouattara, disent avoir pris le contrôle dans la matinée de Duékoué au cœur de la ceinture cacaoyère du pays, premier producteur et exportateur de cette matière première. « La ville est sous notre contrôle et nous procédons à des opérations de ratissage », a déclaré Lacine Mara, porte-parole des forces pro-Ouattara dans l'Ouest. Pour sa part, Yao Yao, commandant du Front de libération du Grand-Ouest (FLGO), une milice pro-Gbagbo, a déclaré que les rebelles contrôlaient bien une partie de la ville mais que ses hommes en tenaient encore l'autre partie.
Les habitants se terrent chez eux, attendant une accalmie. « Les tirs de mortier continuent, dans n'importe quel sens. On reste chez nous. On a vu des FDS (Forces de défense et de sécurité, loyales à M. Gbagbo) dans la rue », a indiqué l'un d'eux. « Beaucoup de gens sont venus se réfugier dans la mission catholique de la ville », a-t-il précisé. « On entend les tirs à l'arme lourde, les combats continuent. Nous sommes sous le lit, on ne peut prendre le risque de se lever », a déclaré un autre témoin.
Les forces pro-Ouattara ont pris cinq localités depuis fin février dans l'Ouest. Les partisans du camp Gbagbo craignent que la poussée des pro-Ouattara ne les mène jusqu'au port stratégique de San Pedro, d'où part la moitié des exportations de cacao du pays. « Les rebelles veulent prendre Duékoué et Guiglo afin de pouvoir descendre facilement sur San Pedro. Mais nous ne les laisserons pas faire », a affirmé Yao Yao.
Des combats ont également été signalés hier à Abidjan, où l'on a entendu des tirs d'armes automatiques, les partisans de Ouattara cherchant à chasser ceux de Gbagbo du centre de la capitale économique du pays.
Les combats provoquent d'importants déplacements de population, plus de 90 000 Ivoiriens se sont réfugiés au Liberia depuis le début de la crise, dont plus de la moitié depuis fin février. Les violences postélectorales ont déjà fait 462 morts, essentiellement des civils, selon l'ONU. Mais selon le camp Ouattara, le bilan est beaucoup plus lourd : au moins 832 morts.
Une issue pacifique paraissait plus lointaine que jamais, M. Ouattara ayant récusé le haut représentant nommé par l'Union africaine, l'ex-ministre cap-verdien des Affaires étrangères José Brito, censé engager des négociations entre les deux camps.
(Source : agences)
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