Évacués de leurs lieux de résidence en raison des risques nucléaires, des réfugiés ont été installés dans un gymnase à Yamagata, dans le nord du Japon. Des réfugiés qui doivent souvent affronter des conditions de vie difficiles, certains centres n’ayant ni eau, ni gaz, ni électricité. Des conditions extrêmes qui fragilisent la santé des personnes évacuées les plus vulnérables comme les personnes âgées et les enfants, dont 100 000 seraient sans logis, selon l’organisation Save the Children. Yuriko Nakao/Reuters
« C'est une course contre la montre », a déclaré Yukiya Amano, directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), venu spécialement à Tokyo pour discuter avec les autorités japonaises de l'accident nucléaire le plus grave depuis celui de Tchernobyl en 1986. Bravant les risques radioactifs, des soldats et des pompiers ont déversé hier des dizaines de tonnes d'eau à l'aide de camions-citernes pour refroidir les réacteurs de la centrale de Fukushima, où la situation restait « très grave », selon M. Amano. Entamées jeudi, ces opérations sont destinées à empêcher les barres de combustible d'entrer en fusion et éviter ainsi un accident nucléaire majeur.
Dans le réacteur 3, dont la structure externe a été détruite par une explosion d'hydrogène, la piscine de stockage du combustible usagé, située hors de l'enceinte de confinement, a été endommagée. Les opérations visent aussi à refroidir les réacteurs 1, 2 et 4, ainsi que la piscine de stockage de ce dernier.
Les efforts pour rétablir le courant électrique de la centrale, qui permettrait de remettre en route les pompes des circuits de refroidissement, « progressent, mais l'électricité n'a pas encore été rétablie », a assuré de son côté le porte-parole du gouvernement nippon, Yukio Edano.
L'ampleur des dommages d'ores et déjà constatés sur les réacteurs 1 à 4 ont conduit l'Agence de sûreté nucléaire japonaise à relever de 4 et 5 la gravité de l'accident sur l'échelle internationale INES, qui va jusqu'à 7. « La perte du système de refroidissement a entraîné des dommages sur le cœur du réacteur. Des particules radioactives continuent à être libérées dans l'environnement », selon l'agence. Ces systèmes sont tombés en panne lorsque le séisme de magnitude 9 et le tsunami ont détruit les protections maritimes de la centrale construite dans les années 1970.
Si le Japon le demande, 450 militaires américains spécialistes du nucléaire se tiennent prêts à intervenir, a annoncé le commandant des forces américaines du Pacifique, qui s'est dit « prudemment optimiste » sur l'évolution de la situation. La France et la Russie ont également proposé leur aide.
Un sarcophage à la Tchernobyl ?
Une solution de type Tchernobyl pourrait être le dernier recours du Japon pour empêcher un nuage radioactif de se former à la centrale de Fukushima, qui serait ainsi enfouie sous du sable et un sarcophage de béton. Cependant, cette opération n'est pas aisée, ne peut être conduite dans l'immédiat et rendrait inhabitable une très large zone du pays pendant des décennies.
À cause du risque de contamination nucléaire, de nombreuses capitales ont continué à organiser le départ de leurs ressortissants présents dans la zone à risque et dans l'immense mégapole de Tokyo, située à moins de 250 km de Fukushima. Pour tenter de rassurer la population, l'AEIA a annoncé qu'elle allait effectuer des mesures de radioactivité à Tokyo, distinctes de celles du gouvernement.
« Nous sommes dans une situation de crise qui met à l'épreuve notre peuple, a reconnu, de son côté, le Premier ministre Naoto Kan dans un discours télévisé. Toutefois, le Japon s'est parfaitement rétabli après la guerre. Avec la force de tous, nous allons une nouvelle fois reconstruire le pays. »
Le bilan humain du séisme et du tsunami dans le Nord-Est a désormais dépassé celui du tremblement de terre de Kobe de 1995, avec 6 911 morts confirmés. Il devrait continuer à s'aggraver puisque plus de 10 000 personnes étaient officiellement portées disparues, selon la police. Une minute de silence a été observée par les survivants et les sauveteurs à 14h46 (05h46 GMT), heure exacte où la première secousse a été ressentie.
Le tsunami a atteint 23 m
Hier, le quotidien japonais Yomiuri Shimbun citait par ailleurs une étude menée par l'Institut de recherche sur les ports et aéroports indiquant que le tsunami qui a dévasté les côtes du nord-est du Japon a atteint une hauteur d'au moins 23 mètres. Le plus fort tsunami jamais survenu après un séisme au Japon a été mesuré à 38,2 mètres en 1896, précise le quotidien. L'Autorité d'information géospatiale du Japon a annoncé qu'au moins 400 kilomètres carrés avaient été inondés par le tsunami du 11 mars. Ce chiffre pourrait encore être révisé à la hausse, a indiqué cette autorité, car il lui reste à faire l'analyse des photos aériennes de 20 % des zones sinistrées.
Dans le Nord-Est, malgré une mobilisation sans précédent de 80 000 soldats et secouristes, les espoirs de retrouver des survivants se sont quasiment évanouis, d'autant qu'une vague de froid affecte la zone dévastée. Le gouvernement a assuré que les opérations d'aide aux quelque 440 000 sinistrés allaient être améliorées pour répondre aux plaintes concernant les pénuries d'eau potable et de vivres.
(Source : agences)


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