Avec la reconnaissance de l’UA, Alassane Ouattara enregistre une victoire morale sur son adversaire Laurent Gbagbo. Simon Maina/AFP
« Le groupe de haut niveau confirme mon élection par le peuple de Côte d'Ivoire, à une large majorité et avec une forte participation, comme président de la République de Côte d'Ivoire », a déclaré à la presse à Addis-Abeba M. Ouattara, rendant compte des conclusions d'un panel mandaté par l'UA sur le sujet. « Et donc maintenant, la question est définitivement résolue, Alassane Ouattara est bien le président de la République de Côte d'Ivoire », a ajouté l'intéressé. M. Ouattara s'exprimait après avoir rencontré le panel de cinq chefs d'État africains chargé d'émettre des conclusions réputées « contraignantes » pour mettre fin à la crise née de l'élection présidentielle contestée du 28 novembre en Côte d'Ivoire.
Le panel, réuni depuis mercredi, n'avait pas rendu publiques ses recommandations hier soir, mais elles semblent en effet favorables à M. Ouattara, à en juger par la réaction très négative du camp de son rival, le président sortant Laurent Gbagbo. « Nous avons estimé que c'est une proposition inacceptable », a déclaré le président du Front populaire ivoirien (FPI) Pascal Affi N'Guessan, rendant compte de ses consultations avec le panel. Une source diplomatique africaine à Abidjan a confirmé que « la reconnaissance de la victoire de Ouattara (était) le point de départ » des conclusions du panel, dans la droite ligne des positions précédentes de l'UA, qui a rapidement jugé M. Ouattara vainqueur du scrutin, à l'unisson du reste de la communauté internationale. « Malheureusement, nous avons constaté que le panel de haut niveau s'est contenté de reprendre ce que nous savons déjà. Le panel est dans l'incapacité de nous donner les arguments qui fondent cette décision », a dénoncé M. Affi Nguessan, représentant à Addis-Abeba M. Gbagbo qui avait renoncé à faire le déplacement.
M. Ouattara a ajouté pour sa part que le panel lui avait demandé « de faire preuve d'ouverture dans la formation de (son) gouvernement et de trouver une sortie honorable à monsieur Laurent Gbagbo », ce qu'il avait accepté. Mais de telles propositions censées accompagner l'arrivée au pouvoir de M. Ouattara ont déjà été émises lors des précédentes médiations de l'UA, et ont été rejetées par M. Gbagbo. Le « principe même d'un partage du pouvoir » est « inacceptable », a réaffirmé hier Ahoua Don Mello, le porte-parole du gouvernement du président sortant.
Dans ces conditions, la question sera de savoir comment l'UA compte rendre « contraignantes » ses décisions. « Les mesures qui sont annoncées sont contraignantes, très rapidement, Laurent Gbagbo devra donc quitter les fonctions usurpées qu'il assume depuis le 28 novembre », a assuré M. Ouattara, sans donner davantage de précisions. Les partisans de M. Gbagbo estiment au contraire que les recommandations de l'UA vont précipiter encore plus la Côte d'Ivoire vers une nouvelle guerre civile, après les combats de 2002-2003 qui avaient coupé le pays en deux. « Nous craignons qu'en accompagnant ce coup d'État-là, l'Afrique, l'Union africaine ne contribuent à aggraver la situation et être comptables d'une éventuelle guerre civile qui pourrait avoir lieu parce que la population n'aurait pas été convaincue de la pertinence de ce choix », a menacé M. Affi Nguessan.
Plus de 370 personnes ont été tuées dans des affrontements depuis fin 2010 en Côte d'Ivoire, selon l'ONU. Le panel de l'UA a présenté dans l'après-midi ses conclusions au Conseil de paix et de sécurité de l'organisation continentale, réunissant 15 pays africains.
(Source : AFP)


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