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Moyen Orient et Monde - Libye

La communauté internationale hésite sur les moyens d’intervenir

Les combats se poursuivent sur le front de l'Est.

Un rebelle tire au fusil-mitrailleur sur les avions effectuant des raids à Ras Lanouf. Goran Tomasevic/Reuters

La bataille était toujours rude, hier, sur le front de l'Est libyen. Les forces loyales à Mouammar Kadhafi ont mené hier trois raids aériens à Ras Lanouf, poste avancé de la rébellion dans l'est de la Libye et port pétrolier stratégique. Les insurgés ont répliqué avec l'artillerie antiaérienne. Une voiture transportant six membres d'une même famille a été touchée lors d'une frappe. Dès l'aube, des habitants avaient fui Ras Lanouf, à 300 km au sud-ouest de Benghazi, par crainte des combats qui avaient déjà chassé les insurgés de Ben Jawad, à une quarantaine de kilomètres plus à l'Ouest. Ben Jawad où les combats de dimanche ont fait au moins 12 morts et plus de 50 blessés.
À Misrata, troisième ville du pays, tenue par l'opposition à 150 km à l'est de Tripoli, les combats dimanche ont fait 21 morts, dont un garçon de 2 ans et demi, et plus de 90 blessés, selon un médecin, qui a précisé que l'immense majorité des victimes étaient des civils. « Ils (les forces pro-Kadhafi, ndlr) ont tiré sur des civils et des bâtiments. Les rebelles ont riposté et réussi à pousser les forces de Kadhafi hors de la ville », a raconté le médecin, affirmant que les médecins sont débordés et l'organisation des soins médicaux est problématique.
Alors qu'elle avait demandé dimanche accès « d'urgence » aux victimes « blessées et mourantes » de ces bombardements, l'ONU a lancé hier un appel de fonds de 160 millions de dollars pour aider les victimes. Les Nations unies ont en outre chargé l'ancien ministre jordanien des Affaires étrangères, Abdel Ilah Khatib, d'entreprendre des « consultations urgentes » avec le gouvernement libyen sur la crise humanitaire.
Sur le front diplomatique, un proche de M. Kadhafi, Djadallah Azouz al-Talhi, Premier ministre dans les années 1980 et originaire de l'Est, a lancé un appel au dialogue aux dirigeants de l'insurrection, une offre aussitôt rejetée par le Conseil national à Benghazi, qui réclame comme préalable le départ du dirigeant libyen. De son côté, le chef de la diplomatie émiratie, cheikh Abdallah ben Zayed, a appelé au nom des monarchies arabes du Golfe le Conseil de sécurité de l'ONU à intervenir pour protéger le peuple libyen, à l'issue d'une réunion du CCG à Abou Dhabi. Les monarchies du Golfe ainsi que la Ligue arabe se sont déclarées favorables à un projet de « zone d'exclusion aérienne » au-dessus de la Libye.
Le secrétaire général de l'OTAN, Anders Fogh Rasmussen, a néanmoins réaffirmé hier que l'Alliance atlantique n'avait pour le moment pas l'intention d'intervenir en Libye et ne le ferait que si le Conseil de sécurité le demandait. « L'imposition d'une zone d'exclusion aérienne est une opération militaire », a souligné M. Rasmussen, en rappelant que pour l'instant, « le Conseil de sécurité n'avait pas autorisé le recours à la force ». « C'est cependant une situation qui évolue et je n'imagine pas que la communauté internationale et les Nations unies restent sans réagir si Kadhafi et son régime continuent d'attaquer leur population », a-t-il toutefois ajouté, estimant que les attaques du régime libyen contre les civils pouvaient être considérées comme des « crimes contre l'humanité ». Ivo Daalder, ambassadeur des États-Unis auprès de l'OTAN, a annoncé que l'Alliance atlantique a mobilisé des avions de reconnaissance Awacs pour surveiller la situation en Libye 24 heures sur 24.
À Washington, le président Obama a prévenu les collaborateurs de M. Kadhafi qu'ils devraient rendre des comptes sur les violences. Il a déclaré, en dépit des affirmations de M. Rasmussen, que l'OTAN examinait des options militaires. Son secrétaire d'État à la Défense, Robert Gates, a, lui, déclaré, en écho avec M. Rasmussen, que si une action militaire devait être menée contre le régime de M. Kadhafi, elle devrait avoir l'accord de la communauté internationale.
Un accord sur lequel Paris et Londres travaillent. « Les Français et les Britanniques travaillent sur un texte (un projet de résolution imposant une zone d'exclusion aérienne au-dessus de la Libye, ndlr) qui sera soumis assez vite aux quinze pays du Conseil de sécurité de l'ONU. Il y a un sentiment d'urgence. On ne peut pas laisser la population se faire massacrer sans rien faire », a affirmé un diplomate sous couvert d'anonymat. « Il faut s'attendre à ce qu'il y ait quelque chose sur la Libye (concernant une zone d'exclusion aérienne) cette semaine », a encore indiqué ce diplomate.
L'adoption d'une nouvelle résolution sur une zone d'exclusion aérienne par les États membres du Conseil semble cependant délicate à mener, selon une autre source diplomatique. Certains pays, en particulier la Chine et surtout la Russie, sont réticents. « Nous ne considérons pas l'ingérence étrangère, surtout militaire, comme un moyen de résoudre la crise. Les Libyens doivent résoudre eux-mêmes leurs problèmes », a ainsi déclaré hier le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov.
Autre piste évoquée pour soutenir l'insurrection : l'armer. Si la Maison-Blanche a indiqué que l'idée figurait parmi la liste des options à sa disposition, elle a assuré qu'il serait « prématuré » de se lancer dans une telle opération à l'heure actuelle. « Nous passons par plusieurs canaux pour discuter avec l'opposition, des groupes et des individus. Nous essayons d'en savoir plus sur ce qu'ils veulent », a indiqué le porte-parole de M. Obama.
À Tripoli, le chef de la diplomatie Moussa Koussa a accusé Paris, Londres et Washington de « conspirer » en vue de diviser la Libye. M. Kadhafi, lui, a dénoncé, dans une interview à France 24, l'ingérence de la France dans les affaires de la Libye et réaffirmé l'importance pour l'Occident de son régime dans la lutte contre el-Qaëda et l'immigration clandestine en Europe. Enfin, Saadi Kadhafi, l'un des fils de Mouammar, a averti que la Libye sombrera dans la guerre civile si son père se retire.
(Source : agences)
La bataille était toujours rude, hier, sur le front de l'Est libyen. Les forces loyales à Mouammar Kadhafi ont mené hier trois raids aériens à Ras Lanouf, poste avancé de la rébellion dans l'est de la Libye et port pétrolier stratégique. Les insurgés ont répliqué avec l'artillerie antiaérienne. Une voiture transportant six membres d'une même famille a été touchée lors d'une frappe. Dès l'aube, des habitants avaient fui Ras Lanouf, à 300 km au sud-ouest de Benghazi, par crainte des combats qui avaient déjà chassé les insurgés de Ben Jawad, à une quarantaine de kilomètres plus à l'Ouest. Ben Jawad où les combats de dimanche ont fait au moins 12 morts et plus de 50 blessés.À Misrata, troisième ville du pays, tenue par l'opposition à 150 km à l'est de Tripoli, les combats dimanche ont fait 21 morts, dont un...
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