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Moyen Orient et Monde - Extrémisme

25 balles pour éliminer le ministre pakistanais des Minorités religieuses

Deux mois après le meurtre d'un gouverneur qui avait pris la défense d'une chrétienne condamnée à la peine de mort pour blasphème, le ministre pakistanais des Minorités religieuses a été tué de 25 balles, hier à Islamabad. Un attentat attribué à el-Qaëda, qui intervient en plein débat autour de la loi prévoyant la peine capitale en cas de blasphème.

La voiture dans laquelle le ministre Shahbaz Bhatti, un chrétien, a été abattu hier. Farooq Naeem/AFP

Le ministre pakistanais des Minorités religieuses a été assassiné, hier à Islamabad, par des inconnus qui ont criblé de balles la voiture de ce catholique militant pour la suppression de la peine de mort en cas de blasphème. Trois ou quatre hommes à bord d'une voiture ont tiré en plein jour sur le véhicule de Shahbaz Bhatti, défenseur de la minorité chrétienne, dans un quartier chic de la capitale, alors qu'il sortait de la maison de sa mère, a indiqué le chef de la police d'Islamabad, Wajid Durrani. Les assaillants ont réussi à prendre la fuite. « Il était mort à son arrivée », a déclaré le Dr Azmatullah Qureshi, porte-parole de l'hôpital le plus proche.
Le Vatican a condamné un « acte de violence inqualifiable », estimant que les chrétiens pakistanais sont « frappés par la haine ». La chef de la diplomatie américaine Hillary Clinton s'est dit, elle, « choquée et outrée ». Elle a qualifié ce meurtre « d'attaque contre les valeurs de tolérance et de respect ».
Ce meurtre survient en pleine controverse dans ce pays musulman sur des velléités d'amendement d'une loi prévoyant la peine de mort en cas de blasphème et deux mois après l'assassinat du gouverneur du Pendjab, Salman Taseer, qui avait pris la défense d'une chrétienne condamnée à la peine capitale pour avoir « insulté » le prophète Mohammad. Toutefois, l'assassinat du ministre a peu de chance de faire réagir le Pakistan, estiment les analystes.
La communauté internationale - États-Unis, Europe et Vatican en tête - multiplie les pressions sur Islamabad. Mais si le Pakistan, allié-clé de Washington dans sa « guerre contre le terrorisme » et au bord de la banqueroute, ne peut guère se payer le luxe de heurter ses bailleurs de fonds, son gouvernement est piégé face au risque d'enflammer une rue déjà prompte à manifester. Après la condamnation de la chrétienne en novembre, le gouvernement avait un temps laissé entendre qu'il était favorable à un amendement. Mais le 30 décembre, après de nombreuses manifestations, il avait fait marche arrière et annoncé qu'il n'en n'était pas question.
Une prise de position qui n'a pas changé après le meurtre du gouverneur Taseer. L'assassinat de ce responsable étatique avait en effet été suivi d'imposantes manifestations de soutien au policier d'élite chargé de sa sécurité, qui l'avait criblé de balles devant ses collègues restés étonnamment impassibles. Depuis l'assassinat du gouverneur, son meurtrier est en outre traité avec égards par ses geôliers et ses juges, et célébré dans la rue comme un « héros ».
Dans ce contexte, le gouvernement, déjà affaibli par une corruption rampante, une crise économique sans précédent et une vague extrêmement meurtrière d'attentats-suicide des talibans alliés à el-Qaëda, a laissé, depuis, l'espace public aux imams et dirigeants de partis fondamentalistes qui n'hésitent pas à appeler publiquement à tuer ceux qui défendent l'amendement de la loi sur le blasphème.
« En défendant la position selon laquelle la loi sur le blasphème (...) engendre des abus et nécessite un amendement, Bhatti faisait seulement son travail en défendant la position du parti (au pouvoir) jusqu'à ce que ce dernier revienne sur sa promesse le 30 décembre », déplore l'organisation internationale Human Rights Watch (HRW). « Le meurtre de Bhatti est le fruit amer de la politique d'apaisement menée à l'égard des extrémistes avant et après l'assassinat du gouverneur » Taseer, regrette encore HRW qui exhorte « les militaires, les juges et la classe politique à remédier à cette lâcheté politique ».
« Ce sera difficile pour le gouvernement d'amender la loi sur le blasphème car le contexte n'est pas propice étant donné qu'il a déjà battu en retraite sur ce sujet », renchérit Rasool Bakhsh Raees, professeur de sciences politiques à l'Université de Lahore. « La pression interne (en faveur d'un amendement) est faible (...), des voix de la société civile s'élèveront bien pour dénoncer le meurtre, mais elles se tairont rapidement », insiste l'analyste. « Des membres du gouvernement le condamneront quelques jours et les gens oublieront, comme pour Salman Taseer », estime aussi Mehdi Hassan, qui préside le Comité des droits de l'homme du Pakistan. « Je ne vois pas le gouvernement amender la loi car il est déjà sur la défensive et continue de mener une politique consistant à présenter des excuses aux obscurantistes qui font ce qu'ils veulent face à des soi-disant libéraux qui battent en retraite », s'emporte-t-il.
« Il y a des pressions de l'extérieur, mais dans le pays, le gouvernement ne dispose pas de soutien suffisant pour tenir tête aux groupes extrémistes », estime aussi le politologue Hassan Askari. « Tant qu'il n'y a pas de message fort à la tête de l'État - cela inclut les politiques et les militaires -, il sera très difficile de contrer les éléments extrémistes de notre société », conclut Imtiaz Gul, écrivain et analyste politique.
(Source : AFP)
Le ministre pakistanais des Minorités religieuses a été assassiné, hier à Islamabad, par des inconnus qui ont criblé de balles la voiture de ce catholique militant pour la suppression de la peine de mort en cas de blasphème. Trois ou quatre hommes à bord d'une voiture ont tiré en plein jour sur le véhicule de Shahbaz Bhatti, défenseur de la minorité chrétienne, dans un quartier chic de la capitale, alors qu'il sortait de la maison de sa mère, a indiqué le chef de la police d'Islamabad, Wajid Durrani. Les assaillants ont réussi à prendre la fuite. « Il était mort à son arrivée », a déclaré le Dr Azmatullah Qureshi, porte-parole de l'hôpital le plus proche.Le Vatican a condamné un « acte de violence inqualifiable », estimant que les chrétiens pakistanais sont « frappés par la haine ». La chef de la...
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