J'aime définir la liberté comme n'étant pas la liberté de faire ce que l'on veut mais plutôt celle de vouloir ce que l'on fait. La liberté est présente partout et à chaque instant de notre vie. Ce n'est pas comme ces slogans, louables mais quelque peu théoriques, qui reviennent sur le devant de la scène de temps en temps. Non, la liberté, c'est plus que cela. C'est aussi et surtout avoir le choix. La liberté de choisir son cursus académique, sa profession future. La liberté d'aimer celui ou celle que le cœur a choisi et non pas de tenter désespérément d'aimer ceux qui ont été choisis pour nous. La liberté, ce mot magnifique qui nous permet de nous détacher de nos chaînes, de nos amours perdues et d'un passé parfois trop pesant.
La liberté est jouissive mais forcément contraignante : celui qui est libre se doit d'être responsable et d'assumer tout ce qu'il fait. Il doit renoncer à rejeter la faute sur les autres, car il a été le capitaine de son âme, la boussole de son avenir. Mais d'ailleurs sommes-nous réellement libre ?
D'aucuns pensent que non puisque, de par la disposition de nos gènes et le milieu dans lequel nous naissons, nous sommes prédestinés à un certain éventail d'avenirs. Par exemple, celui qui naît dans une famille aisée avec un confort familial considérable aura beaucoup plus de chance de réussir qu'un enfant dans une famille du tiers-monde. C'est fort juste et c'est d'ailleurs pour cela que je considère que la liberté absolue n'existe pas. Notre liberté absolue meurt dès que nous sommes conçus. Mais c'est après avoir tenté d'assimiler toutes ces contraintes qui nous prédestinent que nous obtenons notre liberté où la rejetons. La liberté se mérite et s'assume. Au Liban, nous n'avons pas cette chance.
WikiLeaks, actuellement au centre de tous les débats, est un lien important entre la liberté et la vérité : a-t-on la liberté de dire toutes les vérités ? Toutes les vérités sont-elles bonnes à dire ? Qu'est-ce qui doit être révélé et qu'est-ce qui doit rester secret ?
De prime abord, les réponses à ces questions sont aisées : les citoyens des pays « démocratiques » ont le droit de tout savoir. Ce sont eux qui ont choisi, directement ou indirectement, leurs responsables et ils ont le droit de savoir ce qui se passe réellement, jusque dans le moindre détail et en toute transparence. D'ailleurs, nous oublions trop souvent que « démocratie » vient du grec dēmokratía ou « souveraineté du peuple ». Voilà pour la théorie.
Sur le plan pratique, le raisonnement diffère quelque peu. Je n'ai ni la prétention ni les moyens de vérifier les dires de WikiLeaks et de son fondateur, Julian Assange. Mais à supposer que toutes ses informations sont vraies et impartiales, qui peut garantir que les fuites futures le seront-elles aussi ? Comment savoir que Julian Assange ne filtre pas les informations conformes à ses préférences et orientations politiques ? D'autre part, il est urgent de savoir en détail comment WikiLeaks a réellement obtenu ces informations. La fin ne justifie pas toujours les moyens. Surtout quand on s'impose en défenseur de la vérité.
Plus encore, certaines vérités peuvent avoir des conséquences désastreuses et représenter des vérités ponctuelles, propres aux considérations de l'instant où elles ont été émises. Dans un excès de colère ou de passion, chacun d'entre nous a déjà dit des choses qui ont dépassé sa pensée. Ces dires-là doivent-ils être rapportés ? Et si oui, avons-nous la prétention de pouvoir les retranscrire et leur donner exactement l'impact que leur auteur a voulu leur donner ? On pourrait me dire qu'il faudrait choisir les informations pertinentes et ne publier que celles-là. C'est juste. Mais qui peut juger les informations qui concernent toute la nation sans être influencé ou mis sous pression ? Jules Renard décrit à merveille la logique dans laquelle je m'inscris : « Il ne faut pas dire toute la vérité, mais il ne faut dire que la vérité. »
J'ignore si les textes de loi concernant les secrets d'État s'appliquent aux informations révélées par M. Assange. D'ailleurs, il faudrait qu'une équipe d'experts légaux se penchent sur la question, étant donné que toutes les opinions émises sur la question sont subjectives. De toute manière, il est intolérable d'émettre des accusations infondées de viol uniquement pour arrêter le cofondateur de WikiLeaks. Qu'on discute avec M. Assange, qu'on le remette en question, mais que personne n'utilise la loi sous de faux prétextes ou bien des prétextes exagérés pour arrêter un homme qui fait peur.
La liberté, la vérité, sont des thèmes qui ont accompagné les hommes et qui continueront de le faire. Mais la liberté et la vérité, comme tous les grands fondements de l'être humain, se créent dans les esprits, au niveau de chacun, avant de s'étendre au niveau de la notion. Et surtout, la liberté se mérite. Nous l'oublions trop souvent.

