L’armée égyptienne a participé hier à la fête place Tahrir, avec un orchestre militaire en grand uniforme jouant des airs patriotiques devant une foule ravie. Pedro Ugarte/AFP
Une immense foule agitant des drapeaux égyptiens s'est rassemblée dans une ambiance de fête dans ce haut lieu de la révolte populaire qui a forcé M. Moubarak à mettre un terme à trois décennies de pouvoir sans partage. Selon des journalistes de l'AFP, ils étaient des centaines de milliers.
La place Tahrir restait entourée de chars et un cordon de militaires vérifiait les identités aux différents points d'accès. Des membres de comités populaires composés de manifestants assuraient aussi des contrôles. Mais l'armée participait également à la fête, avec un orchestre militaire en grand uniforme jouant des airs patriotiques devant une foule ravie.
Dans un autre quartier du Caire, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées pour proclamer leur affection pour l'ex-président Moubarak. « Moubarak, nous t'aimons. Nous ne t'oublierons jamais », ont scandé les manifestants.
M. Moubarak a quitté le pouvoir le 11 février après 18 jours d'une révolte qui a fait au moins 365 morts, selon un bilan officiel. Il a remis le pouvoir à l'armée, qui a suspendu la Constitution tout en s'engageant à préparer un retour à un pouvoir civil élu dans un délai indicatif de six mois.
La « Coalition des jeunes de la révolution », un groupe de militants prodémocratie ayant participé au déclenchement de la révolte le 25 janvier, a demandé que la manifestation de vendredi soit l'occasion « de se souvenir des martyrs de la liberté, de la dignité et de la justice ». Dans un message sur Facebook, la coalition a aussi réclamé « la libération immédiate de tous les détenus » arrêtés lors des manifestations et le remplacement de l'actuel gouvernement, formé peu avant la chute de M. Moubarak et chargé par l'armée d'expédier les affaires courantes.
Selon Gamal Eid, un avocat du Réseau arabe pour l'information sur les droits de l'homme, « des centaines de personnes sont détenues », et certaines par l'armée. « Si les personnes arrêtées ne sont pas libérées, sans parler des prisonniers politiques plus anciens, cela montrerait que l'armée n'est pas sincère dans ses promesses de réformes politiques », a déclaré à l'AFP Mohammad Waked, un des organisateurs de la manifestation.
Amnesty International et Human Rights Watch ont fait état de témoignages de manifestants arrêtés et torturés par des militaires durant la révolte. L'armée, pilier du régime Moubarak, reste toutefois populaire en Égypte, et saluée pour sa retenue face aux manifestants.
L'armée a par ailleurs confirmé une hausse de 15 % des salaires des fonctionnaires et des retraites, alors que le pays connaît une vague de grèves et de mouvements sociaux. Les banques égyptiennes, fermées en raison des troubles sociaux qui ont suivi les manifestations antigouvernementales, vont rouvrir dimanche, a par ailleurs indiqué la télévision publique. L'Égypte a également annoncé la réouverture du terminal de Rafah, fermé depuis le début des manifestations, pour permettre aux Palestiniens présents en Égypte de se rendre dans la bande de Gaza. Le terminal reste toutefois fermé pour les Palestiniens souhaitant sortir de Gaza.
Sur un autre plan, les Frères musulmans ont assuré hier qu'il incombait au peuple égyptien de prendre toute décision sur le traité de paix avec Israël et qu'ils n'imposeraient pas leur point de vue.
Enfin, les pays de l'Union européenne sont prêts sur le principe à geler les avoirs d'anciens hauts responsables du régime Moubarak si l'Égypte leur en fait la demande, ont indiqué hier des diplomates européens à Bruxelles.


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